ZOO

Frank Miller - La Face Sombre de l’Amérique

Alors que l’on apprenait, il y a quelques semaines, sa présence prochaine à la première Comic Con parisienne, et à quelques mois de la sortie d’un troisième volet à sa « série » The Dark Knight, l’actualité nous paraissait une bonne excuse pour revenir sur l’un des auteurs les plus talentueux et les plus controversés de sa génération : Frank Miller. Célébré comme un génie, décrié comme un fasciste, retour sur une carrière qui a changé la face du 9e art.

Premières armes

L’Homme en rouge

Contrairement à ce que l’on croit, la première contribution de Frank Miller à un comics ne se situe pas en 1978, date à laquelle il dessine pour la première fois trois pages de The Twilight Zone. Non, elle date de 1973 : on découvre dans le numéro 3 de The Cat la lettre d’un jeune Frank Miller, alors âgé de 15 ans, publiée dans le courrier des lecteurs. Parce que quoi que l’on pense de Frank Miller, c’est avant tout un passionné de BD depuis son plus jeune âge, un lecteur assidu qui savait dès le début qu’il n’y avait pas d’autre voie pour lui.

Dardevil par Miller

Dardevil par Frank Miller © Marvel

Mais c’est bien en 1978 que sa carrière démarre. Il réalise pendant quelques mois plusieurs travaux de commande pour des éditeurs tiers, avant de décrocher son premier contrat chez Marvel. C’est à cette époque qu’il découvre sa fascination pour le personnage de Daredevil, le « potentiel énorme d’un héros aveugle dans un médium purement visuel ». De surcroît, il pense y trouver un bon moyen de développer ces polars qui lui trottent dans la tête... Il se voit donc confier le dessin, mais très vite, il devient clair que Frank s’ennuie à dessiner les histoires imaginées par Roger McKenzie et les ventes sont au plus bas…

Dennis O’Neil, éditeur, tente alors un coup de poker : il débarque McKenzie du titre et laisse sa chance à Miller, qui prend donc en charge le dessin et l’écriture de la série. Très vite, les ventes décollent, Daredevil perd son image de second couteau du catalogue Marvel, et Klaus Janson arrive au dessin pour aider Miller en 1981. Leur run est aujourd’hui un incontournable absolu du personnage, et le définit comme un héros sur le fil, tiraillé entre son désir de faire le bien, la difficulté à définir le bien et à maintenir sa colère enfermée...

L’Homme en noir

En 1983, Miller laisse derrière lui Daredevil. Il rejoint alors DC Comics, où il fait publier un histoire originale, Ronin, inspirée de sa découverte des mangas et de la BD européenne quelques années plus tôt. L’oeuvre, violente et grandiose, est un succès d’estime qui lui vaut d’être cité parmi les « 50 personnes qui ont fait la grandeur de DC » en 1985. Prémonitoire, puisque son oeuvre majeure était encore sur sa table à dessin…

Extrait de The Dark Knight Returns

Extrait de The Dark Knight Returns © DC Comics

C’est en effet l’année suivante, en 1986 que Frank Miller sort sa BD la plus influente : The Dark Knight Returns. Présentant un Batman âgé de 60 ans, cette oeuvre redéfinit durablement le Chevalier Noir : sans elle, Batman serait probablement bien différent aujourd’hui. Plus largement, The Dark Knight Returns va avoir une influence majeure sur le genre des comics de super-héros, en imposant un ton plus sombre, s’adressant explicitement aux adultes pour la première fois de leur histoire. Les super-héros deviennent avec Miller (et un certain Alan Moore) un moyen d’aborder le rapport des citoyens à la justice, aux médias, à l’histoire et à l’État.

Vers l’indépendance

Le succès critique et public de The Dark Knight Returns, qui fait largement remonter des ventes devenues décevantes, va permettre à Miller de revenir sur les origines du personnage dès l’année suivante avec Batman - Année Un. Sobre et précis, le livre ancre le personnage de Batman dans un univers crédible, cohérent et réaliste. Le succès public et critique est encore au rendez-vous, les fans en redemandent !

Batman Année Un (Noir et blanc) par Miller et mazu

Batman Année Un (Noir et blanc) par Miller et Mazzucchelli
© DC Comics/Urban Comics


Mais face à la perte d’influence du Comics Code que tout le monde commence gentiment à oublier, DC se met à réfléchir à un système de classification de ses comics, les destinant chacun à un public particulier. Impensable pour Frank Miller. Pour lui, cela reviendrait à une censure de fait, donc à revenir à une limitation de la représentation de scènes jugées contraires à la morale ou inconvenantes. Avec une poignée d’autres auteurs, Miller claque violemment la porte de l’éditeur fin 1988.

Batman Année Un (Noir et blanc) par Miller et Mazzucchelli © DC Comics/Urban Comics

Batman Année Un (Noir et blanc) par Miller et Mazzucchelli © DC Comics/Urban Comics


Pour aller plus loin

Haut de page

Commentez

1200 caractères restants