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Junji, fais-moi peur

Tous les mangas ne sont pas destinés aux enfants. Et l’exposition Junji Itō que propose le festival d’Angoulême en fera la démonstration. C’est d’ailleurs un essayiste spécialiste des fantômes dans le cinéma japonais qui en assume la direction, Stéphane du Mesnildot. Rencontre.

Avant de dessiner, le mangaka maniait la roulette : il était dentiste. Une coïncidence ? Junji Itō est une référence du manga d’horreur. Sa carrière commence en 1987 avec la série Tomié, mais les Français ne le découvriront que dix ans plus tard avec la publication de Spirale chez Delcourt/Tonkam. 25 créations différentes ont depuis été publiées en France. Désormais, c’est principalement chez Mangetsu que l’on retrouve l’auteur, même si Delcourt ne délaisse pas l’artiste qu’il a lancé.

Vous allez flipper !

À l’occasion du festival d’Angoulême, Stéphane du Mesnildot est en charge de matérialiser l’oeuvre d’Itō dans une exposition exceptionnelle : « Nous avons voulu plonger le visiteur en pleine Scary House, ces maisons d’horreur où l’on se balade à pied. Nous avons voulu créer un effet immersif. La lumière est travaillée, il y a des décors et même des musiques de fond composées par la musicienne Yoko Higashi. » Le ton est donné.

Mécanique de la peur en BD

La rencontre entre le cinéphile,critique de cinéma et l’oeuvre dessinée s’est faite au début des années 2000. « En travaillant sur le cinéma d’horreur japonais, j’ai très vite découvert combien c’était une référence pour lesréalisateurs. Tomié avait même déjà été adapté en film. Itō est devenu très vite une évidence pour moi aussi. »

Tomié

Tomié © Junji Ito

Stéphane du Mesnildot a conçu l’exposition en cinq thématiques. « D’abord, on parle d’horreur quotidienne. Les Jump Scare dans les rues étroites, Junji Itō adore ça. Il vient du Shojo, le manga pour jeunes filles, mais surtout du manga de l’émotion. On peut faire peur avec des manoirs isolés. Mais ramener l’effroi dans le cadre habituel des lecteurs, ça produisait encore plus d’effet. » Ce qui a guidé le choix du second thème, les légendes urbaines. « Quand Itō commence à les dessiner, ses histoires sont devenues de vrais phénomènes de société au Japon. Le fantastique s’immisce au coeur du quotidien et il s’en sert pour parler lui aussi de sujets de société. » Suivront les légendes folkloriques japonaises et la dimension délirante à la Lovecraft de Junji Itō. L’exposition se clôture sur le temple de la terrible Tomié, déesse protectrice de ce parcours.

180 planches originales serontexposées, parfois en séquences.« Je voulais insister sur les qualités de narration de l’auteur. Faire de l’horreur en bande dessinée, ça ne se voit pas sur une seule planche. » Comment les a-t-il sélectionnées ? « En me fiant à mes propres inquiétudes pour créer le même sentiment chez les visiteurs. » Vous voilà prévenus…

Article publié dans le mag ZOO MANGA N°6 Janvier-Février 2023

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