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L'auteur de Mexicana nous raconte sa carrière !

Auteur(s) :
Gilles Mezzomo

Quand faire de la BD, c'est rendre hommage au genre.

Passer d’un univers à l’autre ne vous pose aucun problème ?

En gros, passer du contemporain à l’époque de New York en 1880, c’est changer catégoriquement de continent, d’habillement, de mentalité chez les personnages, et découvrir un autre univers, celui de Denis-Pierre. Et puis de plonger dans la documentation que j’ai trouvée sur New York à cette époque-là, c’était très enrichissant et ça m’a permis justement de m’éclater complètement. D’une certaine manière, ça m’a rapproché de Giraud, involontairement. J’étais fan de lui depuis que j’avais découvert la bande dessinée réaliste avec Blueberry alors qu’au départ j’étais fou d’Astérix, Tintin.

Etant gamin j’aimais dessiner les chevaux, reproduire les Romains. J’aimais bien les péplums qu’on voyait à la télé à l’époque et Astérix représentait bien ça sur un mode comique. Je suis tombé beaucoup plus tardivement sur Blueberry et c’est là que je me suis aperçu que la bande dessinée réaliste correspondait même à un cinéma que j’aimais bien. Les découpages de Charlier ont sûrement aidé à faire en sorte que j’ai adhéré complètement à ce genre de bande dessinée. Alors Ethan Ringler représente pour moi une sorte de clin d’œil à tout cela et j’ai pris un réel plaisir à dessiner des personnages dans cet esprit-là.

Justement, l’ambiance de l’Irish lace rappelle celle de l’album Chihuahua Pearl. On a vraiment l’impression de revoir les pages de Blueberry à ce moment-là !

C’est un hommage, et en plus je ne pouvais pas dessiner autrement ces choses-là. C’est comme si j’avais déjà été dans les bordels de Chihuhua Pearl là-bas au Mexique et que j’avais vu les mêmes scènes ! C’était une mémoire visuelle.

Dans le tome 5 d’Ethan Ringler, on voit une affiche avec le titre du film de Leone Duck you sucker – A fistfull of dynamite ainsi qu’un Corto Maltese qui se ballade dans le quartier avec une chinoise…

Justement dans Blueberry street ! À un moment donné on voit même dans un cimetière une tombe où repose un certain John Mallory, le personnage joué par James Coburn dans Il était une fois la révolution et un peu plus loin celui de Juan Miranda du même film. Dans le dernier tome aussi, page 38, sous quelques feuilles au premier plan, j’ai dessiné deux-trois Schtroumpfs qui sont en train de les suivre du regard !

C’est un hommage à toute la BD qui m’a fait rêver quand j’étais gamin, Johan et Pirlouit, les Schtroumpfs de Peyo. Qu’est-ce que j’ai pu lire ces trucs-là !

Quand à la série Nouveau Monde, le 3ème tome s’achève sur la mention « fin de l’épisode ». Cependant tout porte à croire que c’est fini.

Pendant que je réalisais le tome 3 de Nouveau monde, j’avais contacté Frank Giroud pour faire les Fleury-Nadal puis, par un concours de circonstances, j’ai tout de suite embrayé sur le premier tome de Mexicana. Mais il n’est pas exclu qu’un second cycle de Nouveau monde puisse se faire plus tard.

Une particularité dans votre travail : vous faites coexister dans les mêmes cases des personnages à la physionomie très fignolée avec des personnages plus jetés, à la limite parfois de la caricature. Est-ce dû à votre rythme de travail, particulièrement rapide ?

En général quand je travaille sur un personnage qui va devenir très important et récurrent, je le croque de manière assez sympa pour avoir toujours le plaisir de le dessiner. Les personnages secondaires viennent comme ça, tombés du crayon !

Il m’est arrivé de dessiner des personnages qui auraient pu être secondaires, donc je leur ai fait une gueule pas trop plaisante à dessiner, malheureusement. Par exemple dans Ethan Ringler il y a des personnages que j’aurais voulu mieux dessiner mais c’était impossible de les faire mourir. J’ai dû me farcir des gars avec des gueules pas possibles à dessiner car ce n’est pas évident de trouver des seconds rôles.

Et au contraire, quelques fois il y a un personnage à qui on donne une super tronche, intéressante à reproduire et à développer dans les expressions, mais malheureusement ce sont des gens qui meurent au bout de trois planches !


Planche inédite du prochain tome de Mexicana


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Commentaires (1)

bravo Gilles, bien parlé ! Tu as du talent !!!

Posté le 30/12/2013 à 18h38