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Ulysse Wincoop : Enterre mon coeur à Wounded Knee

Un bébé sioux élevé par un couple de Blancs dans l’Ouest américain après le dernier grand massacre d’Indiens à Wounded Knee en décembre 1890 : Ulysse Wincoop raconte le destin hors normes d’un enfant coupé de ses racines mais qui tente de les retrouver. Un long parcours initiatique dont le premier tome met en place l’histoire, poignante et attachante écrite par Marion Festraëts et dessinée par Benjamin Bachelier.

Pour un album jeunesse, le thème est dur ?

Marion Festraëts : Il y a maldonne : Ulysse Wincoop n’est pas un album jeunesse. La couverture avec un enfant a donné cette impression. Même si Ulysse Wincoop a été nominé pour le Prix Jeunesse à Angoulême, il ne s’adresse pas spécialement à un jeune public.


On est dans l’univers du western ?

Benjamin Bachelier : On a voulu revisiter le mythe du western justement. Notre imaginaire est imprégné du genre. En fait le western classique s’arrête à la fin du XIXe siècle. Il n’y a plus de frontières, la conquête de l’Ouest est finie...

Le western devient ensuite un spectacle avec le show de Buffalo Bill qui va se balader en Europe. Le mythe se réécrit à ce moment-là. Wounded Knee n’a pas été une bataille mais un massacre volontaire : c’est là que commence notre histoire avec ce bébé que sauve un soldat pour le faire adopter par sa soeur et son mari.

Avec Ulysse Wincoop, vous remettez les choses en place ?

Marion Festraëts : Quand le cinéma s’empare du personnage de l’Indien, il en fait un archétype avec un bandeau sur le front, qui baragouine en disant « Ugh » toutes les trente secondes. Après plus d’un siècle de mépris, ce n’est qu’en 1973 que les Indiens obtiennent enfin des droits civiques au Etats–Unis. Même si ils sont encore parqués dans des réserves aujourd’hui, où l’alcool fait des ravages.


Ulysse Wincoop a un destin hors normes…

Marion Festraëts : Notre héros est un personnage tout à fait vraisemblable. Des nourrissons ont été retrouvés vivants sur le champ de bataille de Wounded Knee. Le soldat qui va le recueillir, Jonah, est victime d’un syndrome post-traumatique : un mélange de culpabilité et un trop-plein d’horreur. Il sauve l’enfant et va mentir sur l’origine du bébé parce que ce qu’il a vécu est indicible.

Et l’attitude des parents adoptifs ?

Benjamin Bachelier : Au départ, ils n’ont pas envie de savoir. La soeur de Jonah ne peut pas avoir d’enfant. Le bébé va rentrer dans la vie de son couple... jusqu’au moment où il n’aura plus sa place, pris au piège entre deux cultures et d’un drame dont il n’est pas vraiment responsable. Jonah va reprocher à sa soeur de faire croire à Ulysse qu’il est d’origine italienne. Elle n’a en fait pas réussi à lui dire la vérité quand il est adolescent. Finalement même chez les Indiens où il se réfugie, il n’est pas chez lui non plus.


Comment avez-vous bâti ce projet ?

Marion Festraëts : On avait déjà travaillé ensemble sur l’album Dimitri Bogrov. Faire un western nous tentait, mais pas un Blueberry. Il fallait un drame et une histoire très humaine. On devait rester sensibles, vrais. On envisageait deux albums mais au fur et à mesure l’histoire s’est étendue sur trois. Ainsi on partira du génocide indien avec Wounded Knee jusqu’à la reconnaissance de leur identité beaucoup plus tard.

Ulysse Wincoop est une victime en fait ?

Marion Festraëts : Il va se battre pour reconquérir son identité et sa culture d’origine, qui n’existe plus. Il est bloqué entre deux mondes et il ne l’a pas choisi. Il est dans une situation de tous ces enfants indiens enlevés à leurs familles et éduqués à l’américaine. Il en ressort toujours aujourd’hui beaucoup de violence. C’est déchirant de voir un peuple anéanti et dont il ne reste que des survivants.


Vous êtes actuellement en train de travailler à la suite de Wincoop ?

Benjamin Bachelier : Oui, On est sur le deuxième tome mais Marion Festraëts est aussi scénariste de séries TV comme Chefs. Je pourrais adapter aussi un roman de Melville avec Stéphane Melchior-Durand avec qui j’avais fait Gatsby.

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