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Loisel et Pont sortent une putain de BD !

L’ouverture de la première série de Régis Loisel et Olivier Pont, Un putain de salopard, est sortie le 24 avril. En attendant le deuxième tome de ce western amazonien, déjà écrit et partiellement dessiné, retour sur cette série gonflée mais savoureuse avec ses auteurs :

Quel titre !

Régis Loisel : Oui n’est-ce pas ? Au départ, ma femme m’a dit : « Tu ne vas pas mettre ça quand même ! » Maintenant, elle aime bien. Ça permet d’être grossier en toute quiétude : j’ai pensé à un gamin qui se rendrait chez son libraire et dirait : « Je voudrais un putain de salopard ! »

Comment est née cette aventure ?

Olivier Pont : Régis est un ami de longue date. Il y a une vingtaine d’années, on a posé les bases d’un scénario au cours d’un voyage en Guyane. J’ai ensuite arrêté la BD pendant dix ans pour me consacrer à la réalisation. J’y suis revenu et j’ai dessiné deux projets. Je voulais travailler avec Régis.

Que raconte votre série ?

Extrait tiré du tome 1 de la série Un putain de Salopard

Extrait tiré du tome 1 de la série
Un putain de Salopard

O.P. : C’est une aventure dans la jungle amazonienne, avec des personnages naïfs dans un monde qui ne l’est pas. Une espèce de western brésilien des années 1970. Ce premier tome est assez féministe : en-dehors de Max, les hommes ne sont pas très reluisants et les personnages féminins ont un rôle moteur.

R.L. : C’est un vrai univers de salopards dans lequel les personnages ne sont pas des tendres. Ils ont une notion assez relative de la vie et de la mort et ne font pas de cadeaux.

Et le deuxième tome ?

O .P. : On suit les pérégrinations des infirmières. Max est bien malade, tous vont vivre pas mal de choses dans la jungle, rencontrer un personnage inquiétant avec un profil de putain de salopard. Il y en a pas mal dans cette BD !

R.L. : Les infirmières vont se retrouver dans une nouvelle galère. Il y aura plusieurs histoires parallèles.

C’est récurrent chez vous, Régis, de faire des séries plus longues que prévues…

R.L.: C’est vrai : Peter Pan était prévue en trois tomes et il y en a eu six. Magasin Général était annoncée comme une trilogie et il y a finalement eu neuf volumes. Contrairement à ce qu’ont dit des journalistes, qui ont déclaré qu’on continuait parce que c’était un succès, Jean-Louis Tripp et moi nous sommes laissés dépasser par les personnages, le village… C’est le rythme de la campagne : c’est long, agréable, donc ça prend du temps et des pages. En aucun cas on a tiré sur la corde parce que la série marchait fort. L’histoire le nécessitait. Pour Un putain de salopard, il va falloir qu’on freine des quatre fers. Il devrait y avoir quatre tomes.

Qu’a de particulier le travail avec Régis ?

O.P. : Ses BD m’ont beaucoup influencé ado. Travailler avec lui est très jouissif et intéressant car ça me permet de sortir de ma zone de confort. C’est une remise en question permanente sur le découpage, le cadrage. Ça me pousse dans mes retranchements. Max qui se retrouve dans la jungle avec une chaude-pisse… ça fait partie des détails croquignolesques dont Régis est un spécialiste ! Il m’a proposé de confier les couleurs à François Lapierre, avec qui il a travaillé sur Magasin Général, La Quête de l’Oiseau du temps et Le Grand Mort. C’est un super coloriste qui maîtrise les codes de la BD d’aventure.

Extrait tiré du tome 1 de la série Un putain de Salopard

Extrait tiré du tome 1 de la série Un putain de Salopard

Régis, vous vivez toujours entre France et Québec ?

R.L. : Plus pour longtemps. Après presque dix-huit ans au Canada, je déménage actuellement mon atelier pour repartir en France, du côté d’Amboise. Je suis fils de militaire : gamin, j’ai passé ma vie à voyager. On bougeait tous les deux ans. Ça ne m’a jamais posé problème : je ne suis attaché à aucun endroit.

Pourquoi avoir confié le dessin à quelqu’un ?

R.L. : Olivier Pont ou Vincent Mallié (La Quête de l’Oiseau du temps et Le Grand Mort) voulaient qu’on bosse ensemble. Magasin Général, Le Grand Mort ou Un putain de salopard sont des histoires que j’avais dans des tiroirs : c’est souvent l’occasion qui fait le larron. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est de vivre une aventure humaine. Mais je manque de temps pour mes propres projets : le dernier truc que j’ai fait seul, c’est Mickey. Je suis un raconteur d’histoires, pas un scénariste : ce n’est pas ma profession. J’ai la chance de mettre mes histoires en dessin et je prends mon temps. Si un éditeur me donne un nombre de pages définies, je ne peux pas car ce n’est pas mon métier. Même si je sais être un scénariste, comme pour Un putain de salopard.

Vous avez la réputation d’être exigeant…

R.L. : C’est vrai. Travailler avec quelqu’un, c’est du boulot. Je suis dessinateur et quand ça ne va pas, je le vois tout de suite : si une séquence est mal articulée, un détail mal dessiné. J’autorise toujours le gars avec qui je travaille à intervenir dans le scénario quand il a une bonne idée. Mais j’interviens dans le dessin. En fait, ça doit être très chiant de travailler avec moi. Ce n’est pas de l’ego « parce que je suis Loisel » : les egos, on les met au vestiaire pour faire les meilleures histoires possibles. Les dessinateurs râlent car ils trouvent que j’exagère parfois. Mais si je vois un problème, quelqu’un d’autre le verra. J’aurais pu dessiner Un putain de salopard, car ça se passe dans la jungle. Mais je ne peux pas dessiner des bagnoles en ville par exemple. Quand je dessine, je veux avoir besoin le moins possible de documentation. J’aime partir les mains dans les poches, avec mon crayon et ma gomme. Je recueille des impressions. Mon point fort n’est pas le dessin, mais la mise en scène. Je suis un grand truqueur, un garçon qui fait illusion. Le fait d’avoir caché mes faiblesses toute ma vie, ça donne un style : le mien.

Article publié dans le magazine Zoo n°71 Mai - Juin 2019, disponible le 10 mai !

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