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Alessandro Barbucci : celui qui ne voulait pas s’ennuyer

Date : 16/11/2020

Dix tomes désormais pour la série Ekhö Monde miroir, écrite par Christophe Arleston pour Alessandro Barbucci, le co-auteur de Sky-Doll. Et aucune incursion dans le monde de Troy ou dans la fantasy si chère à son scénariste. Découvrez comment l’artiste italien s’est taillé cette place si particulière dans les mondes d’Arleston. Rencontre.


Je tiens trop à mes personnages d’Ekhö.

« Je tiens trop à mes personnages d’Ekhö », Alessandro Barbucci



A quelle occasion avez-vous rencontré Arleston pour la première fois?

A.B: "Soleil est le premier éditeur franco-belge à m’avoir fait confiance. Je vivais en Italie, je ne parlais pas un mot de français et je devais venir rencontrer Mourad Boudjellal. Pour me dépanner, on m’a proposé de loger à Aix-en-Provence, à l’atelier Gottferdom. J’ai donc pu visiter les lieux et rencontrer ainsi Christophe qui m’a laissé un coin de ce pied-à-terre pour la durée de mon séjour."

Votre première collaboration se fait sur Lord of Burger. Aviez-vous envisagé de travailler ensemble avant ?

"Bizarrement non. Mais je voulais surtout écrire mes propres séries, c’est pour cela que je suis venu en France. Je venais publier Sky-Doll dans un marché plus réceptif. J’avais aussi Monster Allergy en préparation avec un bouquin par mois, toute une équipe derrière, le dessin animé en production… J’avais pas mal de travail. Christophe me pensait trop occupé, trop concentré sur mes propres productions. À raison d’ailleurs !"

Alors comment se fait cette première association ?

"J’ai fini par venir m’installer à Aix et donc par squatter l’atelier. C’est là qu’on a pu vraiment se rencontrer, se parler. Il m’a proposé de faire avec lui du charadesign, de la direction artistique, plutôt que de dessiner une série. C’était Lord of Burger. On « s’aimait déjà », mais on n’osait pas encore s’avouer notre « amour ». Il nous a fallu un peu plus de temps. Mais c’est clair que ce n’était pas facile pour moi de m’engager sur une série BD, surtout avec Christophe qui fait des séries longues. Alors on s’est testé mutuellement avec Lord of Burger et on a pu aller plus loin ensuite."


Il aura pourtant fallu attendre deux années après la fin de Lord of Burger pour que sorte Ekhö. Que s’est-il passé entretemps
?

"On a arrêté Lord of Burger parce que l’alchimie avec Glénat ne fonctionnait plus. À ce moment-là, Christophe et moi nous sommes envoyés quelques textos. Il me disait combien il trouvait génial de bosser avec moi. Il m’a dit qu’il aimait travailler avec un scénariste/dessinateur parce que ce qu’il avait en tête sortait exactement comme il le voulait. Donc je lui ai dit qu’il fallait bosser ensemble pour de vrai. Ça a été très simple finalement."

"J’avais quand même un peu peur. Je n’étais pas habitué à travailler sur une série longue et on sait que c’est comme ça que Christophe aime écrire. Moi j’aime faire plein de choses, varier mes activités. Je lui ai donc demandé de me trouver un concept qui m’amuserait à chaque album. D’où l’idée du voyage, du changement de décor à chaque tome. J’ai eu ce que je voulais… même trop !"

Comment Christophe Arleston vous a-t-il amusé ?

"Il m’a offert de la complexité. J’adore ça, mais là, je reconnais que j’ai été servi. À chaque nouvel album, je dois démarrer de nouveaux décors. Je change tout, les costumes, les personnages secondaires, même les dragons ! J’aimerais avoir plus de temps pour travailler de manière encore plus pointue, mais à chaque fois, ça me plonge dans un nouvel univers. Quand je termine un album, il y a une sorte de mélancolie qui me prend avec ces livres thématiques partout autour de moi que je dois refermer. Je trouve toujours plein de sources différentes. Il n’y a qu’une petite partie qui reste finalement, mais ça se sent, j’en suis convaincu."

Quelle place prenez-vous dans le processus créatif d’Ekhö ?

"Christophe commence par me proposer la nation et je suis toujours assez d’accord avec lui. Ses idées correspondent beaucoup aux miennes. Ensuite, il se fait des listes de potentiels sujets. Puis on se voit pour parler du synopsis. On sort toutes les idées possibles pendant une après-midi, auxquelles on associe la macro-trame de l’histoire.
Une fois le synopsis établi, Christophe m’envoie les planches par petit lot. Je ne sais jamais comment finit l’album.

C’est un peu plus compliqué pour la vision d’ensemble du dessin, mais c’est plus amusant. Je suis auteur ET lecteur de l’album. Christophe aime partager son travail de scénario avec ses auteurs. Il veut ce rapport humain. Il veut s’inspirer des feedbacks. C’est lui à 100 % le scénario, mais on peut faire évoluer des scènes ensemble. Ça rend le dessinateur très actif, c’est très intéressant pour moi."


« Arleston m’a offert de la complexité. J’adore ça, mais là, je reconnais que j’ai été servi » A.B


Vous n'avez jamais collaboré à l'univers de Troy, pourquoi?

"Cela ne m’intéressait pas particulièrement en fait. Je tiens trop à mes personnages d’Ekhö. Et quand j’ai du temps libre, j’ai mes projets personnels, Sky-Doll, Les Sœurs Grémillet maintenant chez Dupuis. Donc c’est assez. Le monde de Troy est déjà assez riche en talents pour s’en occuper."

On ne vous a jamais vraiment vu à l’œuvre sur un univers de fantasy classique, est-ce un genre qui pourrait vous attirer ?

"Ce n’est pas du tout mon truc et ça ne l’a jamais été. J’aime le fantastique, en littérature jeunesse, j’adore Harry Potter par exemple, c’est un de mes coups de foudre littéraires.

Mais je n’aime pas le premier degré. Et la fantasy se prend souvent trop au sérieux. Même dans Sky-Doll qui vire au psychodrame, nous insérons toujours un peu d’humour. En SF, la lourdeur est plus justifiée. Cela sert à parler de la société actuelle, cela s’impose. Mais la fantasy devrait se dissocier de la réalité.

J’ai quand même un projet fantasy en jeunesse, une histoire pour ma fille en fait. C’était un des deux projets proposés à Dupuis. Mais même là, je prendrai l’excuse du genre littéraire pour parler du conflit entre les personnes, de féminisme. Je ne pourrai pas rester premier degré. Je vois ma fille vivre à l’école et la façon dont elle évolue dans la société actuelle. Et c’est de cela dont j’ai envie de parler avant tout, maintenant."



Article du MAG ZOO N°78 de NOV-DEC 2020

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