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Apprenez à restaurer vos BD avec Davy Buffa !

Auteur(s) :
Davy Buffa

Avez-vous des albums de bande dessiné usés jusqu’à la corde, dont les pages vous restent entre les mains à leur lecture ? Davy Buffa a peut-être une solution pour vous ! Cet amateur de BD a créé son propre atelier de restauration d’albums anciens : l’atelier du 9eme art. Nous avons voulu en apprendre plus sur son métier. Rencontre !


Qu’est-ce que l’Atelier du 9eme art ?


Davy Buffa : L’Atelier du 9eme art propose des ateliers d’initiation à la reliure de bande dessinée à Metz et de la vente d’originaux. L’Atelier du 9eme art s’est d’abord un passionné. Au départ, je voulais permettre aux bédéphiles de restaurer eux-mêmes leurs albums. Alors j’ai décidé, au-delà d’être collectionneur et passionné, de proposer des ateliers de restauration. Dans un premier temps, il m’a fallu passer par les livres, avec la reliure. Ensuite la BD, avec Tintin. J’ai fait plusieurs formations, notamment au CFRPE de Tours. Puis j’ai monté mon atelier. J’ai commencé avec des restaurations pour moi, après j’ai proposé des formations.



Davy Buffa : Apprenez à restaurer vos BD avec Davy Buffa !

© Atelier du 9eme art, 2021




Comment en êtes-vous arrivé à la restauration ? Quel a été votre parcours ?


D.B : Je suis dans le commerce à la base, j’ai créé mon entreprise tout récemment. J’ai travaillé 10 ans au Luxembourg. J’étais responsable d’un réseau de ventes dans le domaine de l’informatique et de l’impression. Quand j’ai intégré l’entreprise, je m’occupais du digital, d’accompagner les vendeurs qui avaient des dossiers de production-printing. Il y a eu une restructuration au niveau de l’Europe et j’ai dû partir suite au Covid. J’ai suivi des formations de restauration et je fais de la restauration à plein temps désormais !

La partie galerie de l’Atelier du 9eme art m’occupe beaucoup. J’ai des copains artistes qui acceptent de vendre leurs œuvres chez moi parce que j’ai beaucoup d’admiration pour leur travail et parce que c’est complémentaire avec mon activité de restaurateur. Vous pouvez voir chaque semaine un artiste que je mets en avant sur mon site.

La partie restauration de reliure me plaisait bien mais j’ai voulu approfondir mon travail : j’étais frustré de ne pas pouvoir faire de retouche picturale. Pour la partie mécanique, la reliure, c’est quelque chose qui s’apprend. Mais pour la partie retouche picturale, il y a une forme de sensibilité artistique. J’ai rencontré quelqu’un qui formait des gens à la restauration de tableaux dans les musées. Je travaille désormais à l’aquarelle, au dixième de millimètres. Sur une BD, le travail de restauration mécanique correspond à environ 12h-15h de travail. Pour une restauration picturale, pour la moitié d’une page, on met autant de temps ! C’est quelque chose que je ne peux pas proposer en stage d’initiation.


Comment restaure-t’on une BD, quelles sont les étapes ?


D.B : La première chose à faire est de « déposer » la BD : on enlève le dos, le carte à dos (qui maintenait le dos) et les gardes. Après on nettoie l’ensemble et on dépose ensuite les cahiers. Sur les Tintin, on est sur des cahiers de 4 livres, pour 48 pages.

On va ensuite travailler, selon chaque album, les déchirures. Dans un premier temps, on doit restructurer le papier, pour que la déchirure soit comblée mais surtout pour que la BD puisse être lue comme avant. Ensuite, il y a la restauration des cahiers. On utilise différentes colles. Les colles ont pour fonction de coller ou de restructurer le papier, selon leurs dosages. Je fabrique mes propres colles.



Davy Buffa : Apprenez à restaurer vos BD avec Davy Buffa !

© Atelier du 9eme art, 2021

Une fois que j’ai restauré les cahiers, je les nettoie, je les rassemble, je les coud. Il faut bien choisir le fil de couture et son diamètre. On le vieillit avant de l’utiliser, avec des moyens simples comme le thé ou le café, pour lui redonner une pâte dans la continuité de l’album ; que le fil ne soit pas tout blanc sur des pages jaunies ! Ensuite on peut remettre les gardes, que l’on retravaille selon leur état. On peut utiliser différents types de papiers, comme le papier japon.

Après c’est la retouche picturale, on comble les vides. Pour les Tintins, on est toujours dans les mêmes tons de bleus foncés. On met ensuite le carte à dos, un papier buvard.

Il faut élaguer la couverture, pour harmoniser l’ensemble ; de même pour le rempilage des gardes. Je le fais moi-même puisque c’est assez difficile. On remet le dos d’origine : j’y attache de l’importance ! Et là on peut faire une retouche des couleurs, en utilisant de l’acrylique pour le dos. L’idée est de se rapprocher le plus possible des couleurs d’origine. Enfin j’utilise un combi-presse, pas besoin de presse à percussion.

Après les retouches picturales du dos, c’est terminé. Je pourrais encore travailler sur les albums mais l’idée est que les gens repartent avec un album qu’ils ont restauré eux-mêmes, qu’ils pourront lire à nouveau. Les stages d’initiation que je propose durent 3 jours.

On ne peut pas faire de miracles : on peut faire à partir d’une BD en mauvais état, une BD en état moyen ; à partir d’un état moyen, un bon état, etc. On ne peut jamais passer d’un état mauvais à un état neuf, ou alors on dénature complètement la BD.


En parlant de dénaturer la BD, à quel point êtes-vous interventionniste ? Est-ce que vous conservez beaucoup du matériel d’origine ?


D.B : J’essaye de conserver le plus de choses possible. En règle générale le fil ne peut pas être sauvé. Quand le dos est abimé, on est obligé de refaire une couture. C’est pareil pour le carte à dos et pour le soufflet (pour pouvoir ouvrir correctement le livre). Le carte à dos et le fil sont des restaurations incompressibles. Le reste peut rester d’origine : les pages, les gardes, le dos (i.e. le papier tissu qui est recollé une fois le dos restructuré).



Davy Buffa : Apprenez à restaurer vos BD avec Davy Buffa !

© Atelier du 9eme art, 2021

Pour la retouche picturale, il faut juste aller dans le manque. Souvent les BD de cette époque ont été frottées. On les retouche mais on s’arrête là. On redonne du sens et du volume à la couleur, on s’inspire juste de l’existant pour redonner du clinquant. Après, c’est un choix à faire. Des fois, des couvertures ont bien survécu et n’ont pas besoin de restauration.

L’important c’est l’intégrité de la BD, c’est la raison pour laquelle on vieillit le fil.


Quelles sont les altérations les plus fréquentes ?


D.B : Pour les BD, les coiffes au niveau du dos sont souvent déchirées et les coins abîmés. Mais il y a aussi les frottements. Ou les déchirures au niveau des gardes. Les gardes servent à relier le bloc livre à la couverture, mais elles restent des feuilles de papier et elles s’abîment. Il y a aussi les déchirures des pages.

Sinon, ce qu’on retrouve beaucoup, vous allez sourire, mais les enfants dans les années 40 ce sont les mêmes qu’aujourd’hui ! Ils faisaient des dessins, des gribouillis. Souvent on doit nettoyer les pages. Si ce sont des crayons de couleurs, on y arrive. Mais, des fois, ce n’est pas possible. Il y a aussi des tâches qu’on arrive à enlever avec de la colle. On utilise l’agressivité de la colle pour nettoyer justement ce qui est agressif.

Enfin, je terminerai par le bloc livre qui se désolidarise à force d’être utilisé et les cahiers qui se détachent.


Pour tous les collectionneurs de BD qui nous lisent, quels sont vos conseils pour prendre soin de sa collection ?


D.B : Il faut déjà ranger ses BD dans une bibliothèque ! Après, il y a des fous qui les mettent dans du papier craft. Même-moi je ne le fais pas alors que je me considère déjà comme maniaque ! Un autre conseil : il faut prendre soin de sa BD quand on la lit. Une BD se prend d’une certaine façon, avec les deux mains, une sur le dos. Mais un bédéphile sait déjà tout ça !

Depuis les années 60, il y a un système de BD avec pelliculage. Pour les BD Tintin cela apparait autour de 1958. A partir du moment où il y a ce pelliculage, on ne peut plus faire de retouches picturales : la pellicule empêche d’accéder aux couleurs. Il n’est pas nécessaire de protéger une BD déjà pelliculée en la replastifiant. Après on peut le faire de manière très discrète sur les BD d’avant, pour éviter les frottements.


Vous pratiquez des retouches techniques, de reliure, mais aussi picturales pour les dos des albums ; mais qu’en est-il de la restauration de planches ?


D.B : Je ne le fais pas. Pour moi, il s’agit encore d’un autre métier. Et puis il faut le temps de le faire. J’ai une partenaire qui fait très bien ça, on a été à la même école. Elle s’appelle Annabelle. Elle s’occupe d’originaux. Elle fait aussi de la restauration d’affiche, de plein de choses. On peut la retrouver sur son site internet.

Je suis aussi collectionneur et je lui ai déjà confié certaines de mes planches, notamment un Undertaker de Ralph Meyer. Elle utilise les pigmentations de l’original pour son encadrement, elle le retranscrit à l’identique de l’original, pour que cela fasse corps. D’ailleurs Ralph Meyer l’a félicitée sur les réseaux sociaux et a dit qu’il adorait son encadrement, qu’il bonifiait son original. Quand il y a un encrage aussi puissant que celui de Ralph Meyer, il faut donner de la puissance à l’encadrement.


Pensez-vous qu’un original puisse perdre de sa valeur une fois restauré ?


D.B : Tout dépend de la restauration ! Mais une bonne restauration, c’est une restauration où on est intervenu autour du travail de l’artiste. On n’intervient jamais sur le travail de l’artiste, pour ne rien dénaturer. Il n’y a pas de raison que la restauration ne participe pas à l’embellissement et la valorisation de l’original !



Davy Buffa : Apprenez à restaurer vos BD avec Davy Buffa !

© Atelier du 9eme art, 2021

La restauration rend toutes ses lettres de noblesse à l'original.


Vous pouvez retrouver Davy Buffa sur son site internet pour en apprendre davantage sur la restauration de BD.

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