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Rencontre avec les membres du Label 619

Auteur(s) :
Label 619

Au micro de Zoo, l’équipe de Label 619 pour une interview croisée : Run, Mathieu Bablet, Guillaume Singelin et Florent Maudoux.

Le Label 619, né de l'imagination créatrice de Run, sera désormais édité par Rue de Sèvres : l'occasion pour Zoo de faire un retour sur son histoire et de découvrir ses nouveaux projets avec ses membres fondateurs.

Pour toi c'est quoi le Label 619 ?


Mathieu Bablet : C’est une collection de bande dessinée avec un ton particulier, un croisement de plusieurs influences que ce soit la BD franco-belge, le comics ou le manga, mais aussi des influences cinématographiques ou du jeu vidéo. C’est une espèce de concentré de pop culture qui arrive à se faire rencontrer différents artistes ayant la volonté de dépoussiérer un peu ce qu’a été la bande dessinée plus traditionnelle du siècle dernier.

Mutafukaz 2 : Tome 1

Mutafukaz 2 : Tome 1
© Rue de Sèvres, éditions 2022

Guillaume Singelin : Pour moi, c’est d’abord une grosse aventure éditoriale innovante, une sorte de label qualité avec lequel on développe une philosophie de travail, d’histoires et de récits, avec un dessin toujours généreux et un mix appliqué de cultures.

Florent Maudoux : C’est quasiment un mouvement artistique né d’une ambition et d’objectifs proposés par Run et partagé avec le groupe dont l’énergie nous porte finalement beaucoup plus loin que ce à quoi on aurait individuellement pu prétendre.

Run : Au début, c’était un projet très orienté culture urbaine en rapport avec ce qui se faisait à l’époque. Je pense qu’aujourd’hui c’est plutôt un état d’esprit qui fait honneur à la pop culture, dans le sens anglo-saxon du terme, une identité non élitiste, mais visuellement explosive. En résumé c’est du fun, de l’humour, du style, mais toujours avec du fond. Je suis très attentif à cela depuis le début.

Qu'est-ce qui a fait le lien entre vous au point de vous associer dans cette aventure ?


Run : Je pense qu’on est tous dans une même logique éditoriale, mais avec des goûts différents. Je me suis dit que pour éviter de finir par devenir la caricature de nous-même en ne faisant plus de la création, mais du Label 619, il était important d’être capable de faire venir du sang frais au niveau éditorial. J’ai choisi de le proposer aux plus anciens et fidèles de mes auteurs qu’une telle entreprise ne risquait pas de mettre à mal.

Low reader - Tome 1 - Devil's Key, Mr. Sato, Slum Kids

Low reader - Tome 1 - Devil's Key, Mr. Sato, Slum Kids
© Rue de Sèvres, éditions 2022

Mathieu Bablet : Il y a un genre de symbiose générationnel entre nous. On comprend tout de suite les intentions de l’autre du fait de nos références communes. Il y a une connivence certaine entre nos différents travaux même si on a des univers différents, qui va au-delà de nos références et de notre regard sur les autres médias. Nous nous comprenons, car nos regards sur l’art, sur la création, sur la scénarisation, sur l’histoire, convergent manifestement.

Florent Maudoux : C’est certes le groupe qui affirme la dynamique du label, mais c’est évidemment la vision de Run qui rythme l’ensemble. C’est quelqu’un de très curieux qui porte son regard sur tout, mais ce qui est intéressant c’est qu’il est aussi insatiable qu’insatisfait. C’est assez étrange, mais je pense que c’est cela au fond qui porte le groupe.

Guillaume Singelin : Il y a un truc plutôt sain dans notre manière de travailler ensemble. On se connaît bien et quoiqu’il arrive, on pense toujours avant tout au bien du bouquin. On sait facilement mettre notre ego artistique de côté lorsqu’un de nos camarades nous explique qu’il serait bien de changer tel ou tel élément d’un projet. On travaille en confiance.

Comment d'auteur devient-on éditeur ?

Run : D’abord, moi je suis un gars du collectif. Avant Ankama, j’avais déjà vécu plusieurs expériences collectives sur du fanzine et avec Semper-fi. Lorsque l’aventure a débuté, j’étais jeune, et naïvement je pensais que le monde de la bande dessinée comprendrait l’intérêt à vouloir changer les codes pour dépoussiérer un peu un domaine vieillissant et son indétrônable 46 pages maigre comme je l’appelais. En fait, personne n’avait envie de risquer de bouleverser une économie qui fonctionnait ainsi. Donc lorsque l’opportunité s’est présentée avec Tot, je n’ai pas réfléchi longtemps et je me suis lancé, d’autant qu’il m’a tout de suite donné carte blanche pour tout, fabrication, format, couleurs, etc. Après, c’est l’expérience qui te nourrit.

Freaks' Squeele Funérailles - Tome 7 : Funérailles

Freaks' Squeele Funérailles - Tome 7 : Funérailles
© Rue de Sèvres, éditions 2022

Mathieu Bablet : C’est compliqué d’alterner entre les deux statuts. Il y a toujours un problème de légitimité entre l’auteur et son propre travail, perfectible, et l’éditeur dont le rôle est de juger le travail d’un autre pour le recadrer au niveau du découpage, du dessin ou même du scénario, mais toujours avec un objectif qualitatif et bienveillant. En tant qu’auteur, on a un vrai recul sur ce qu’on demande à nos protégés en termes de modifications et de charges de travail.

Comment vous répartissez-vous les projets ?

Guillaume Singelin : C’est un vrai travail en commun. Run reste le chef de file, car il possède une forte expérience professionnelle pour gérer un label dont il est l’ADN. Nous on apprend au fur et à mesure tous les aspects d’un projet. C’est plutôt fluide, car on reste en constante communication les uns avec les autres. Lorsqu’on se pose une question technique, on obtient toujours une réponse grâce au groupe.

Florent Maudoux : En termes d’approche éditoriale, c’est évidemment différent d’avoir Mathieu sur un projet de science-fiction par exemple que Guillaume ou moi. On essaie donc de jouer de nos propres spécialités dans la répartition des projets. D’ailleurs, on imagine créer des genres de collections dans la collection en accolant comme pour Freaks’ Squeele et Mutafukaz un logo signature Label 619 légèrement différent selon le genre de l’album.

Low reader - Tome 1 - Devil's Key, Mr. Sato, Slum Kids

Low reader - Tome 1 - Devil's Key, Mr. Sato, Slum Kids
© Rue de Sèvres, éditions 2022

Run : Je reste le grand frère qui a un peu plus de background et d’expérience. Je leur épargnais beaucoup de choses quand ils étaient auteurs, mais je leur expliquais aussi la réalité du terrain, les aspects économiques ou techniques et d’autres trucs chiants du quotidien d’un éditeur. Pour tous les projets ils savent que je suis là, mais ils sont aujourd’hui parfaitement autonomes.

Et l'avenir du Label dans tout ça ?

Guillaume Singelin : On s’est donné un objectif assez vague. On souhaite sortir environ une dizaine de livres par an pour l’instant. L’idée c’est aussi de voir comment ça se passe avec Rue de Sèvres, mettre en place et affiner le processus et puis voir si on est capable aussi de gérer plus de projets. Le but n’est pas de faire de la quantité, mais bien d’éditer des auteurs qu’on a envie de voir émerger.

Mutafukaz 2 : Tome 1

Mutafukaz 2 : Tome 1
© Rue de Sèvres, éditions 2022

Run : À l’occasion d’Angoulême, on lance 3 titres dont Funérailles 7, la suite de Mutafukaz et un nouveau projet collectif qui s’appelle Low Reader qui est la suite logique de DoggyBags, en tant que centre d’expérimentation qui nous permet de voir comment on peut travailler avec de jeunes auteurs sans leur mettre directement la responsabilité d’un 128 pages. On va pouvoir faire aboutir la formule DoggyBags vers un environnement plus poussé et resserrer nos liens évidents avec l’audiovisuel. Et puis ça nous permet de créer quelque chose de neuf chez notre nouveau partenaire.

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