Entre héritage familial, regard européen et engagement politique, l’autrice de Tekoha revient sur la genèse de son projet, son lien complexe au Brésil et son travail de transmission artistique. Un entretien où mémoire, création et identité se croisent.
Couverture de Tekoha, par Clara Chotil
Tekoha est un projet commencé depuis longtemps ?
Clara Chotil : J’ai fait Tekoha et Le Blanc du drapeau en même temps. Ce qui fait que, pour chaque BD, j’y ai passé un an et demi ou deux. Donc les deux livres ont demandé environ trois ans.
Extrait de Tekoha, par Clara Chotil
© Virages Graphiques, 2026
L’actualité du Brésil, la présidence de Bolsonaro et la déforestation ont-elles été les principaux moteurs du projet ?
C. C. : Le premier déclic a été l’élection de Bolsonaro : en Europe, on était tous un peu sur le cul. Les familles se clivent, se questionnent…
Moi la première, ça m’a interrogée sur mes origines, puisque je suis franco-brésilienne par ma mère. J’ai un lien assez fort avec ce pays… mais un lien distant, car je n’y ai jamais vraiment habité. C’est très lié au travail de ma mère : Opera Negra s’inscrit déjà dans la continuité de ses travaux. Mon lien avec le Brésil vient de ses récits, des histoires recueillies. L’idée de faire un livre à mon tour, c’est un moyen de ne pas me contenter d’écouter ses histoires, mais aussi de les questionner, de les remettre dans le contexte d’aujourd’hui.
Mon point de vue est très occidental, très européen. Mais j’entretiens ce lien avec le Brésil en y allant pour voir ma famille. J’ai à la fois une oreille à l’intérieur et un regard extérieur sur ce pays. Les institutions n’ont pas beaucoup changé. À ma connaissance, les territoires dont je parle n’ont pas connu de démarcations depuis le départ de Bolsonaro du pouvoir.
Extrait de Tekoha, par Clara Chotil
© Virages Graphiques, 2026
As-tu repris contact avec Cajetano, Ivanuza et Gileandro Barbosa Pedro ?
C. C : Pas encore.Je compte leur envoyer la version portugaise de la BD. Une traduction que j’ai faite moi-même, mais que je souhaite faire corriger avant. Pendant la conception de Tekoha, j’écrivais les textes en français, avec des mots qui sont donc une adaptation de ce que les personnages auraient dit en réalité. Mais quand je traduis cela en portugais, il me faut trouver des mots et des phrasés crédibles dans la bouche de migrants nordestins, dans un Brésil des années 1950 : je suis démunie.
Extrait de Tekoha, par Clara Chotil
© Virages Graphiques, 2026
De quoi parle ta prochaine BD ?
C. C. : De Lucy Citti Ferreira : une peintre brésilienne qui a longtemps vécu en France. Un parcours qui peut faire penser à celui de Maria d’Apparecida. Elle aussi n’a pas eu beaucoup de reconnaissance. Ma mère a également travaillé sur son parcours. Je suis attachée à la question de la transmission de ces trajectoires d’artistes à travers le travail effectué par ma mère. Je souhaite continuer sur cette lancée… peut-être en essayant d’être plus explicite sur la façon dont on transmet une histoire.
Tu continueras de peindre à l’acrylique ?
C. C. : Oui, malheureusement ! (rires)Et c’est totalement absurde. J’ai commencé à peindre de cette manière parce que je faisais de grands formats sur toile. Puis je me suis mise à l’acrylique sur papier : c’est vraiment un truc de bourrin ! (rires)Je pense qu’il me faudrait un temps d’adaptation pour faire de la gouache, des choses plus fines. Ce serait plus rapide, ça m’arrangerait...
Extrait de Tekoha, par Clara Chotil
© Virages Graphiques, 2026
Propos recueillis par Thibaut Midavaine
Article publié dans ZOO Le Mag N°109 Mars-Avril 2026
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