ZOO

Interview d’après match avec Chloé Wary

Avec l’arrivée de la coupe du monde, on s’est dit que ce serait le bon moment pour relire Saison des Roses de Chloé Wary. L’autrice nous fait l’honneur d’une rencontre sans ballon. L’occasion d’évoquer ses couleurs, son rapport au mouvement mais également ses références footballistiques. Coup d’envoi !

Dans le manga, on a beaucoup de livres sur les affrontements sportifs. Assez peu finalement en BD en dehors du registre humoristique ou biographique. Avais-tu des références avant la réalisation de Saison des Roses ?

Chloé Wary : J’ai mis un peu de temps avant de me tourner vers la BD francophone. J’étais vraiment une ado addict au manga, un peu geek presque et pour le coup, c’est vraiment ça mes références et mes influences. Je me rappelle qu’un jour, une amie m’a montré Max Winson de Jérémie Moreau. C’est un peu ce genre de livres qui m’a mis le pied à l’étrier de la BD francophone. C’était en noir et blanc, il y avait donc une sorte de transition douce du manga vers la BD francophone. Et, en plus de retrouver des références japonaises, je me rappelle que ce livre m’avait marqué graphiquement.

Saison des Roses

Avec l’arrivée de la coupe du monde, on s’est dit que ce serait le bon moment pour relire Saison des Roses de Chloé Wary © FLBLB, 2019

Pour en revenir au manga, j’en ai beaucoup lu, plutôt du shojo. Mais je connais aussi plusieurs shonen comme Captain Tsubasa ou Happy ! de Naoki Urasawa. Donc c’est plus là-dedans que je vais tirer mes réflexes et mes automatismes en termes de découpage et de dessin. Je pense que j’en ai tellement lu que c’est devenu un langage presque instinctif. J’ai ensuite découvert Taiyô Matsumoto. Il y a un tel mouvement, c’est tellement vivant que ses livres me donnent envie de dessiner.

Saison des Roses

Extrait de Saison des Roses, par Chloé Wary © FLBLB, 2019

Et après, je suis partie à fond dans la couleur, donc on est sur quelque chose d’assez différent.

Plus récemment, est-ce qu’une BD sur le sport t’a marquée ?

C. W. : J’ai beaucoup aimé Hors-jeu de Matthieu Chiara aux éditions L’agrume, même si ce n’est pas du tout mon langage. Techniquement, c’est impressionnant, ce n’est que de la petite trame. Les planches sont très dynamiques avec de nombreux zooms, c’est vraiment magnifique.

Saison des Roses

Le récit est ponctué de trois matchs : c’est un moyen de mettre le foot au cœur du livre mais en même temps, entre ces trois matchs là, il se passe des événements hors du terrain, tout aussi fondamentaux © FLBLB, 2019

Moi, je n’arrive pas à m’exprimer comme ça, c’est trop conceptuel. Ce qui m’avait plu c’est que c’est une vraie parodie du côté masculiniste dans le sport et particulièrement dans le foot. Tu vois que l’auteur porte un regard critique et qu’il cherche à raconter les failles d’un système.

Dans Saison des Roses, 3 matchs ponctuent le récit : un au début ; un au milieu ; un à la fin.

C. W. : En effet, c’est un moyen de mettre le foot au cœur du livre mais en même temps, entre ces trois matchs là, il se passe des événements hors du terrain, tout aussi fondamentaux : la vie du club ou le quotidien de Barbara.

Saison des Roses

Les premières recherches pour Saison des Roses ont été réalisées avec des feutres classiques premier prix © FLBLB, 2019

Le premier match sert d’introduction. C’est une manière d’entrer sur le terrain et de faire la connaissance des joueuses, surtout de Barbara.

Le second affrontement se passe sur le city. La scène dure assez longtemps, c’est le match clé qui remet les choses en place. En tout cas, il relance la compétition entre les filles et les garçons.

Pour la dernière opposition, j’avais envie de quelque chose de moins figuratif, de plus poétique et symbolique. Il fallait montrer la domination indiscutable de l’équipe féminine. Cette dernière scène renforce l’injustice du choix final.

Saison des Roses

"Avoir des rayures, ça apporte du dynamisme. Ça fait peut-être un peu moins plat aussi. Même si évidemment, c’est le dessin qui rend la case vivante !" © FLBLB, 2019

Justement, dans cette dernière séquence, tu décomposes fortement le mouvement, dans une logique proche de la chronophotographie que l’on retrouve aussi dans tes flip books.

C. W. : En fait, ce sont des dessins qui, à la base, n’étaient pas destinés à devenir des planches. Il s’agit de recherches. Je m’entraînais à représenter des personnages en train de dribbler. J’avais fait une planche que j’avais laissée de côté. Et puis, pendant la réalisation du livre, je suis retombée dessus. Et là, je me suis dit qu’il fallait que je la mette.

C’est un peu son grand moment à Barbara. Il faut donner l’impression qu’elle vole, qu’elle danse avec la balle, qu’elle est en totale liberté. Il n’y a plus de terrain. Il n’y a plus rien. Jusqu’à cette décision finale qui vient casser brutalement cette belle harmonie !

Saison des Roses

Saison des Roses, c’est un moyen de mettre le foot au cœur du livre © FLBLB, 2019

Tu apportes beaucoup de soin à la représentation des chaussures, des maillots, des survet’…

C. W. : C’est vrai que tous ces petits détails pour moi, c’était important. Dans la chambre de Barbara, il y a plein de petits joujoux, des peluches, des cadres. Tout ça représente des petits souvenirs. J’avais le besoin, pas juste l’envie, de les caler, de les placer.

Tu joues notamment beaucoup avec les bandes verticales des maillots.

C. W. : J’ai toujours eu un crush pour les maillots de la Juve. Je ne sais pas dire pourquoi parce que je n’ai pas particulièrement suivi le championnat italien. Mais ils ont eu des grands joueurs que j’aime beaucoup comme Blaise Matuidi ou Zlatan Ibrahimovic. Pour moi, c’est l’archétype du club cool.

Saison des Roses

Le choix du papier a été déterminant pour Saison des Roses : tout a été dessiné sur des carnets, sur un papier très fin © FLBLB, 2019

J’ai aussi toujours flashé sur leurs différents maillots. Le troisième maillot, par exemple, je le trouve hyper avant-gardiste. Et puis il y a leur tunique classique, avec ses bandes noir et blanc. J’ai aussi un faible pour celui qui ajoute une touche de rose. C’est simple, la Juve ce sont quasiment les seuls jerseys hors PSG que j’ai chez moi ! Du coup, j’aime bien reprendre ce code-là. Après, les rayures verticales, ce n’est pas réservé à la Juve. On les retrouve au Barça, au Milan...

Ou à l’Athletic Bilbao qui a les mêmes couleurs que les Roses…

C. W. : On m’a déjà fait cette remarque. En réalité, le maillot des Roses, tout comme leur blason, est inspiré de mon propre club de l’époque, le FC Wissous. Ce genre de petites références, ce sont des codes que les footballeurs connaissent et moi j’aime bien jouer avec. En plus, les rayures apportent un avantage au niveau graphique, ça fait vibrer l’image.

Saison des Roses

Le côté lumineux et solaire de Barbara est représenté par la couleur jaune © FLBLB, 2019

Je travaille en aplats, pas en dégradés. Non pas que le dégradé, je n’aime pas ça, mais avec les feutres à l’eau tu ne peux pas en faire, car les couleurs se superposent. Donc, l’aspect du coloriage vient donner de la matière. Avoir des rayures, ça apporte du dynamisme. Ça fait peut-être un peu moins plat aussi. Même si évidemment, c’est le dessin qui rend la case vivante !

Le survêtement jaune de Barbara, c’est un aplat numérique ?

C. W. : Non, c’est fait avec la couleur. Le feutre jaune ne se superpose pas, cela donne un aplat net, il n’y a pas de stries. C’est vrai que ça ne fait cet effet quasiment qu’avec cette couleur. Ce choix n’est pas anodin pour représenter Barbara. Cela représente son côté lumineux et solaire. Et puis, le jaune est une couleur non genrée. Il y a quelques retouches numériques sur le livre qui interviennent dans un second temps, mais c’est à la marge.

Saison des Roses

Le maillot des Roses, tout comme leur blason, est inspiré du propre club de l’époque de Chloé Wary, le FC Wissous © FLBLB, 2019

Niveau couleur, tu utilises le feutre traditionnel. On a vu plusieurs BD ces derniers temps réalisées avec des feutres à l’alcool (Marie Baudet ou Lisa Blumen dont on sait que tu apprécies le travail). Envie d’essayer autre chose ?

C. W. : Les premières recherches pour Saison des Roses ont été réalisées avec des feutres classiques premier prix. Je me suis attachée à la gamme de couleurs et à l’esthétique qui en découle. Si je basculais vers des feutres à alcool, le coloriage ne serait plus le même, sans parler de l’aspect financier ! J’ai juste cherché une alternative plus qualitative, donc je me suis tournée vers des feutres à l’eau mais avec une pointe pinceau. La gamme colorée est un peu plus intense et surtout la qualité d’encre est meilleure que les feutres basiques.

Saison des Roses

Les rayures apportent un avantage au niveau graphique qui fait vibrer l’image © FLBLB, 2019

Le choix du papier a aussi été déterminant pour Saison des Roses. J’ai tout dessiné sur des carnets, donc sur un papier très fin. Les pages avaient une manière d’absorber que je trouvais hyper belle et donc j’ai fait toute la BD sur des feuilles comme ça. Avec le recul, ce n’était pas une si bonne idée parce que le papier est très fragile et peut se mettre à gondoler.

On termine avec tes différents pronostics ? Les ligues des champions ?

C. W. : Allez, on va commencer avec le PSG ! Ils sont en demi face au Bayern. Là, ça va être plus grave. Moi, je déteste le Bayern. J’ai un trauma. Une des premières fois où je vais au Parc des Princes c’est une défaite contre le Bayern. Je ne sais plus bien qui jouait : peut-être Cavani, peut-être Zlatan mais ce qui est sûr, c’est qu’on avait une équipe de malades ! Pour les féminines, je vais m’abstenir, je n’ai pas suivi.

Saison des Roses

Saison des Roses, de Chloé Wary © FLBLB, 2019

Et pour la coupe du monde masculine ?

C. W. : La Coupe du monde, je suis un peu dans le délire boycott pour l’instant. Déjà, je n’étais pas du tout fan de la coupe du monde au Qatar… J’avais plutôt suivi la féminine à l’été 2023. C’était cool même si pour l’équipe de France, ça ne s’est pas passé comme prévu.

Mais là, le fait que la prochaine coupe du monde soit aux États-Unis… Je ne peux plus dissocier le sport de la géopolitique et du soft power culturel. Il y a un conflit intérieur que je ne peux pas gérer. Tu vois, j’aime le foot, mais le foot qui rassemble, celui qui fait que les gens aiment passer du temps ensemble, loin de cette industrie dégueulasse qui se nourrit de la souffrance et des ressources de ceux qui ne peuvent pas se défendre.

Couverture de Saison des Roses, par Chloé Wary aux éditions FLBLB

Couverture de Saison des Roses, par Chloé Wary aux éditions FLBLB


BD

CoupeDuMondeFootball

Interview

Football

FLBLB

Haut de page

Commentez

1200 caractères restants