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Entretien avec Nemo, la nouvelle voix du manga français

À seulement quelques années de sa sortie d'école, Nemo travaille déjà avec détermination sur son premier projet éditorial, Les Mémoires de Tuelgwo. Passionnée de dessin depuis l'enfance, nourrie autant par l'animation japonaise que par les récits de fantasy, elle construit patiemment un univers où se mêlent mémoire, vengeance et transmission. Rencontre avec une autrice qui rêve de publier son premier manga sans jamais perdre de vue l'essentiel : raconter des histoires qui ont du sens.

Extrait inédit de Les Mémoires de Tuelgwo

Extrait inédit de Les Mémoires de Tuelgwo © Nemo

« Je dessine depuis toujours »

Lorsque Nemo évoque son enfance, le dessin apparaît comme une évidence. « Ma mère aime bien dire que j'ai su tenir un crayon avant de savoir marcher. »

Originaire de Bretagne, elle rejoint Paris après le baccalauréat pour intégrer l'École Jean Trubert, établissement reconnu pour ses formations en bande dessinée et illustration. Un choix mûrement réfléchi : dès la classe de cinquième, elle sait déjà quelle direction elle souhaite donner à sa vie : « Quand j'ai découvert le manga vers mes dix ans, j'ai compris que c'était un métier. Et j'ai eu l'impression qu'il n'y avait pas d'autre possibilité pour moi que ça. » Durant trois années, elle perfectionne sa technique, sa narration et sa compréhension du métier d'auteur. « L'école nous laissait explorer le format qui nous convenait. Cela permettait de découvrir plusieurs approches tout en développant notre propre univers. »

Les Mémoires de Tuelgwo

Étape 1 de la réalisation de la planche© Nemo

Mais au-delà des enseignements, ce sont surtout les rencontres qui ont marqué son parcours. Comme beaucoup de lecteurs de sa génération, elle cite One Piece parmi les œuvres fondatrices de son imaginaire. « Quand j'ai vu One Piece, ce n'était pas la même façon de raconter des histoires. Ça m'a vraiment marquée. »

Aujourd'hui encore, ses influences japonaises restent nombreuses. Parmi les créateurs qui l'ont particulièrement marquée figure notamment Hiromu Arakawa, l'autrice de Fullmetal Alchemist. « Elle a créé un univers incroyable. C'est de la fantasy, mais qui parle aussi de pouvoir, de politique, de transmission. Son style graphique est unique et j'aurais tellement de questions à lui poser. » Cette capacité à mêler aventure, émotion et réflexion sur le monde se retrouve d'ailleurs dans ses propres récits.

Les Mémoires de Tuelgwo

Étape 2 de la réalisation de la planche © Nemo

Si le manga constitue son principal terrain d'expression, Nemo revendique également des inspirations venues d'ailleurs. Parmi elles, les films de Michel Ocelot occupent une place particulière. « Azur et Asmar et Princes et Princesses ont été de véritables claques quand j'étais enfant. Je les ai vus un nombre incalculable de fois. »

Elle retrouve dans ces œuvres une approche du conte qui l'inspire encore aujourd'hui : une narration poétique, des univers riches et une attention particulière portée aux personnages. Cette double influence, japonaise et européenne, contribue à forger un style personnel qui s'inscrit pleinement dans la nouvelle génération du manga français.

Les Mémoires de Tuelgwo

Étape 3 de la réalisation de la planche © Nemo

Une école, mais surtout une famille de créateurs

Après trois années d'études, Nemo retient autant les enseignements que les rencontres. « Ce dont j'ai le plus bénéficié, ce sont les amis que je me suis faits et les contacts que j'ai gardés. On s'entraide encore aujourd'hui, on échange nos planches, on se conseille. »

Les Mémoires de Tuelgwo

Étape 4, dernière étape de la réalisation de la planche © Nemo

Elle évoque également des cours de scénario particulièrement marquants ainsi que plusieurs masterclasses d'auteurs venus partager leur expérience. Cette dynamique collective reste aujourd'hui essentielle dans son travail. « Je fais toujours relire mes planches. Même par des personnes qui ne lisent pas de manga. Si elles ne comprennent pas quelque chose, c'est qu'il faut que je retravaille certains passages. »

Les Mémoires de Tuelgwo : entre sorcellerie et mémoire

Aujourd'hui, Nemo concentre son énergie sur un projet intitulé Les Mémoires de Tuelgwo. L'histoire suit une jeune sorcière qui découvre un livre capable de contenir les souvenirs de ceux qui l'ont possédé. Mais cet objet convoité attire également des individus prêts à tout pour s'en emparer. À travers ce récit de fantasy, l'autrice explore plusieurs thématiques qui lui tiennent à cœur. « Il y a la mémoire, le deuil, la vengeance, mais aussi la transmission et l'idée qu'il faut parfois apprendre à comprendre ce qu'on ne connaît pas avant de vouloir le détruire. »

Les Mémoires de Tuelgwo

À l'heure où le numérique occupe une place croissante dans la création graphique, Nemo conserve un attachement fort aux techniques traditionnelles. Ses planches naissent sur papier © Nemo

Derrière les créatures fantastiques et la magie, Nemo cherche avant tout à parler du réel. « Mes histoires ne sont pas réalistes dans leur décor, mais elles essaient de montrer des émotions et des situations qui le sont. »

Une création artisanale

À l'heure où le numérique occupe une place croissante dans la création graphique, Nemo conserve un attachement fort aux techniques traditionnelles. Ses planches naissent sur papier. « Je travaille à la plume G et à l'encre de Chine. »

Les Mémoires de Tuelgwo

Derrière les créatures fantastiques et la magie, Nemo cherche avant tout à parler du réel © Nemo

Une fois l'encrage terminé, les pages sont numérisées pour intégrer textes, trames et corrections sur Clip Studio Paint. L'autrice reconnaît d'ailleurs que les aspects techniques liés à la mise en page constituent parfois les défis les plus complexes. « Le placement des bulles ou des trames m'a donné beaucoup de fil à retordre. C'est quelque chose auquel on ne pense pas forcément quand on dessine. »

À l'inverse, certaines illustrations semblent presque se dessiner d'elles-mêmes. Elle évoque notamment une pleine page représentant l'esprit de la forêt. « Je l'ai réalisée très rapidement. C'était un cri de rage. J'ai utilisé un pinceau à encre pour obtenir quelque chose de plus brut, de plus sauvage. »

Les Mémoires de Tuelgwo

Une fois l'encrage terminé, les pages sont numérisées pour intégrer textes, trames et corrections sur Clip Studio Paint. L'autrice reconnaît d'ailleurs que les aspects techniques liés à la mise en page constituent parfois les défis les plus complexes © Nemo

Une nouvelle génération du manga français

Comme beaucoup d'autrices de sa génération, Nemo appartient à une vague d'artistes qui ont grandi avec le manga déjà installé dans le paysage culturel français. Pour elle, le manga créé en France possède désormais sa propre identité. « On n'a pas la même façon de raconter les histoires qu'au Japon. Forcément, ça influence les mangas que nous créons. »

Elle cite notamment les auteurs français qui ont ouvert la voie et rendu cette ambition plus concrète pour les jeunes créateurs. « Quand je vois des auteurs qui ont à peu près mon âge réussir à publier, je me dis que c'est possible. »

Les Mémoires de Tuelgwo

Depuis quelques semaines, Les Mémoires de Tual Go a commencé son parcours auprès des maisons d'édition © Nemo

Mais elle reste lucide sur les difficultés du secteur. « Le plus compliqué aujourd'hui, c'est de trouver sa place parmi tous les jeunes auteurs qui veulent faire la même chose. »

À la recherche d'un éditeur

Depuis quelques semaines, Les Mémoires de Tuelgwo a commencé son parcours auprès des maisons d'édition. Les premières réponses sont encore rares. Certaines évoquent simplement une incompatibilité avec leur ligne éditoriale. D'autres ont demandé à étudier le projet. Une situation que Nemo accueille avec philosophie. « Les éditeurs sont très occupés. Il faut recommencer, revenir, persévérer. » Loin de se décourager, elle poursuit son travail planche après planche.

Les Mémoires de Tuelgwo

Si le manga constitue son principal terrain d'expression, Nemo revendique également des inspirations venues d'ailleurs © Nemo

Lorsqu'on lui demande quel message elle souhaite transmettre à travers ses récits, la réponse résume parfaitement son état d'esprit. « Même quand la réalité est dure, il y a toujours moyen de continuer à avancer. Il y a toujours une solution. Il faut juste la trouver. »


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