Daphné Collignon, qui signe joliment le dessin de cette adaptation du thriller à succès de Niko Tackian, nous en dit encore davantage que dans l’article du N° 112 de ZOO le Mag. Et c’est fichtrement intéressant !
Qu'est-ce qui vous a amené à vous intéresser à ce projet ?
Daphné Collignon : Je suis une grande lectrice de polars et de thrillers, donc j'avais déjà lu le livre et c'est Jean Wacquet, mon éditeur, qui est venu vers moi et qui m'a proposé le projet. Sans savoir que je l'avais déjà lu. Ils ont sélectionné avec Niko Tackian des personnes qui pouvaient correspondre à ses goûts, afin de mettre en scène son roman, et mon nom est apparu dans la conversation.
Niko Tackian a écrit sur son compte Instagram à propos de votre travail : « Elle n'a pas simplement illustré le roman, elle l'a réinventé. »
D.C. : C'était très gentil, ça m'a vraiment touchée. C’est un beau compliment pour une autrice, parce que je suis autrice à la base, je suis scénariste ! J'avais lu le roman une fois mais je l'ai relu et je ne sais pas au juste ce que j'ai apporté de plus. Mais le commentaire de Niko m'a vraiment fait plaisir pour le coup !

Extrait de Avalanche Hôtel © Éditions Delcourt, 2026 — Tackian, Collignon
Comment je réinvente ? C’est à Niko qu’il faut poser la question ! Je vais commencer, et, rapidement, j'ai un truc dans la tête, mais ce n’est pas du tout ce qui sort : ça se construit tout seul ! En ce qui concerne le personnage de Joshua, c'est la cicatrice qu'il a sur le nez que j'ai voulu garder. Je trouvais qu'elle lui allait bien, je ne me voyais pas la lui enlever. Déjà, graphiquement je trouve que ça aurait été très bizarre : il aurait alors fallu lui mettre un pansement ! Je ne sais pas, cette cicatrice lui donnait du caractère. Effectivement, ce n’est pas mentionné dans le livre, mais il a une cicatrice sur le nez !
Niko a interagi avec vous pendant votre travail ?
D.C. : Pas du tout. J'ai tendance à travailler comme ça, j’avoue que j'ai beaucoup de mal à ce qu'on s'immisce dans ce que je fais. Et là, vraiment, j'ai eu une paix royale. Et il était content tout le temps. C'était génial. J'envoyais ce que je faisais. Il faisait un petit commentaire puis il retournait vaquer à ses occupations. Il ne perdait pas le livre de vue bien sûr, mais il attendait surtout de le lire à la fin pour voir ce que ça donnait, ce qui est logique.

Extrait de Avalanche Hôtel © Éditions Delcourt, 2026 — Tackian, Collignon
Quel a été le rôle de Niko Tackian par rapport au vôtre dans cette adaptation ?
D.C. : C'est Niko qui a fait le découpage, parce qu'il a déjà fait de la BD. C'est un auteur « multifonctions » : il travaille pour le cinéma, pour la BD, il écrit des livres, il fait pas mal de choses ! Il a fait du storyboard. Donc il a découpé son propre livre. Et à partir de son storyboard, j'ai fait un retravail d'adaptation, c'est-à-dire que j'ai remis en page comme ça m'arrangeait. Mais quand je fais ça, je respecte le rythme qu'on me donne et je ne touche pas aux dialogues. Je change peut-être un mot par-ci par-là, mais je propose alors des choses, et je vois s'ils sont d'accord. Et je fais mon boulot. Donc, je n’avais pas grand-chose à faire au niveau de l'adaptation elle-même.
Dans Avalanche hôtel, il y a une part importante qui est donnée à cet hôtel, à l'architecture et à l'ambiance particulière.
D.C. : Il y a un petit hommage rendu de ma part à un célèbre hôtel que les fans reconnaîtront. C'est assumé par Niko, également. Au niveau graphique, clairement, je m'en suis beaucoup inspirée pour la belle moquette rouge. Laissons les lecteurs deviner. Je crois que c'est un hôtel qui était situé dans les hauteurs de la Suisse vaudoise, mais je ne connais pas très bien ce coin. J'ai trouvé une vieille photo et je me suis inspirée pour l'extérieur.

Extrait de Avalanche Hôtel © Éditions Delcourt, 2026 — Tackian, Collignon
Qu’avez-vous aimé dans le scénario de Niko Tackian ?
D.C. : Ce que j'ai aimé dans le scénario de Niko, je pense que c'est la matière. Le tissu de notre projet, c'est que j'avais aimé le livre, j'avais vraiment envie de faire un thriller parce qu'il y a très peu de femmes qui sont sollicitées pour en faire. J’ai toujours trouvé ça dommage. Donc j’avais lu le roman, je l'avais aimé et quand on est venu me chercher pour le faire, j'ai signé tout de suite ! Et j'étais ravie de le faire parce que le thriller, pour moi, est un genre sous-estimé (comme le polar et la BD, d'ailleurs). C'était vraiment super !

Extrait de Avalanche Hôtel © Éditions Delcourt, 2026 — Tackian, Collignon
Je sais que les jeunes autrices ont la chance d'être beaucoup plus polyvalentes aujourd'hui. Mais j'ai 49 ans, je viens d'une autre génération, et à mon époque une autrice, déjà, ça n'existait pas beaucoup et en plus, ça ne faisait pas ce genre de bouquin. Donc oui, j'étais ravie de pouvoir le faire, dans de très bonnes conditions en plus, ce qui ne gâte rien.
Donc, tout s’est bien passé pendant la réalisation de cet album ?
D.C. : J'ai eu la chance de travailler avec Jean Wacquet et Niko qui sont deux personnes vraiment extraordinaires ! Et je suis sincère, ce n'est pas pour les flatter pour l'interview ! Ils ont quand même attendu cinq ans que je fasse l'album, ils ont été extrêmement patients ! Ils m'ont fait confiance jusqu'au bout. Parce que j'ai terminé vraiment in extremis et ils n'ont pas repoussé la sortie. Ils m'ont fait totalement confiance. Et ça, c'est chouette. Ça a été une superbe collaboration à tous points de vue. Et on ne s'est pas rencontrés encore !

Extrait de Avalanche Hôtel © Éditions Delcourt, 2026 — Tackian, Collignon
Donc, j'étais ravie de pouvoir faire ça. Et de m'essayer au genre du thriller, justement, au niveau de la palette de couleurs, des personnages, de l'angoisse. Je doutais beaucoup parce qu'a priori, comme je sortais de Calpurnia, j'avais peur d'avoir un dessin encore trop enfantin. Mais Jean m'a vite rassurée là-dessus, et Niko aussi. Et ça s'est fait naturellement, parce que j'adore ça. Ce sont des ambiances que j'aime beaucoup. Je lis tout le temps des thrillers !
Qu’y a-t-il de particulier qui vous plaît dans les thrillers, par exemple ?
D.C. : En général, en sous-texte des thrillers, il y a des choses à creuser : ça va souvent plus loin que « Machin tue Machin qui tue Machin », il y a des strates de lecture, des « souterrains » comme dirait un de mes meilleurs amis. Et dans Avalanche hôtel, il y a énormément de souterrains de lecture qui vont bien au-delà des problèmes œdipiens de Joshua ! Il y a plein de choses, ce livre est très riche ! Donc oui, ça a été un plaisir à faire, à ce niveau. Parce que je me suis beaucoup amusée avec la représentation graphique de ces différentes stratégies.

Couverture de Avalanche Hôtel, adapté du thriller de Niko Tackian
C’est vrai que, quand j'ai fini la lecture, j'avais tout de suite envie de la recommencer pour me dire que, maintenant que j'ai les clés, je vais voir des choses en plus.
D.C. : C'est ça. Effectivement, on en retrouve.
Et maintenant, quels sont vos projets ?
D.C. : Là, je vais adapter un roman, je vais avoir à faire ce travail d’adaptation que je n'ai pas du tout eu à faire sur Avalanche hôtel. D'ailleurs, j'ai commencé.
Oui, ça va être Le lac de nulle part. J'ai interviewé Mathias Vincent sur sa nouvelle collection au Lombard en collaboration avec Gallmeister.
D.C. : Vous êtes bien au courant ! C'est ça, Le lac de nulle part. Je suis ravie ! Mais j'ai Aureliana à finir d'abord !
Article publié dans ZOO Le Mag N°112 Novembre-Décembre 2026
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