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Hubert, deux livres et un hommage

Paradoxe de l’édition, la disparition prématurée d’Hubert en février 2020 n’est pas encore perceptible en librairie. Au contraire même puisque deux de ses livres, et pas des moindres, sont parus en 2020 : Peau d’Homme en juin, et en cette fin d’année, le tome 4 des Ogres-Dieux… Une exposition au Festival de Blois BD Boum était également prévue...



Hubert pose quantité de questions sur le genre, la liberté et la morale.


Stupeur dans le 9e Art en février dernier à l’annonce de la disparition prématurée d’Hubert Boulard, dit Hubert, à l’âge de 49 ans. Coloriste renommé, il était aussi un des meilleurs scénaristes actuels, particulièrement habile pour imaginer des contes cruels aux interactions psychologiques troubles : Miss Pas Touche et Beauté avec les Kerascoët, Monsieur désire ? avec Virginie Augustin, La Nuit mange le jour avec Paul Burckel ou Le Boiseleur avec Gaëlle Hersent… Sans oublier Peau d’Homme dessiné par Zanzim, son complice de toujours, une comédie de mœurs qui, si elle se déroule pendant la Renaissance, soulève des questions contemporaines. Ni bien sûr son chef d’œuvre, Les Ogres-Dieux, une formidable saga aux accents mythologiques, sublimée par les dessins gothiques de Bertrand Gatignol.

Peau d’homme

Bianca est promise par mariage arrangé à Giovanni, un jeune homme de bonne famille. Certes il a l’air très bien, mais Bianca confesse à sa tante son regret de n’avoir pas connu cet homme avant qu’il ne devienne son mari. Amusée, cette dernière lui dévoile le trésor secret des femmes de la famille depuis des générations : une « peau d’homme ». Celle qui revêt ce vêtement magique devient Lorenzo, un fort beau jeune homme. Ainsi déguisée, Bianca va pouvoir sympathiser avec son futur mari… et découvrir une liberté inédite. Les choses se compliquent quand il devient évident que Giovanni préfère Bianca en Lorenzo : « Une bonne comédie est une tragédie envisagée d’un point de vue différent », expliquait Hubert. Ici, derrière la comédie et les bonnes répliques, Hubert pose quantité de questions sur le genre, la liberté et la morale.

Bianca va devenir Lorenzo, un fort beau jeune homme

Bianca va devenir Lorenzo, un fort beau jeune homme


La première Ogresse-déesse

En novembre paraît Première née. Ce quatrième volume des Ogres-Dieux est composé comme les trois premiers : en bande dessinée, l’histoire d’un personnage central, ici Bragante, l’aînée de tous les enfants du Fondateur, ce cruel personnage à l’origine de toute la lignée des Ogres-Dieux. Bragante est férue de littérature, quand son impitoyable père ne pense qu’à étendre son empire et à augmenter la taille de sa famille. Le récit est entrecoupé de nouvelles illustrées qui détaillent les personnages secondaires. Ce dispositif, en plus de l’art de la mise en scène et du dessin de Gatignol, apporte à la saga un rythme particulier et une richesse d’univers inédite.

Rencontre avec Bragante, la première-née, dans le tome 4 et dernier tome des Ogres-Dieux

Rencontre avec Bragante, la première-née, dans le tome 4 et dernier tome des Ogres-Dieux


Une expo au BD BOUM de Blois

Les Ogres-Dieux devaient faire l’objet d’une exposition au festival bd BOUM de Blois, qui devait se tenir du 20 au 22 novembre. Cette exposition, explique le directeur du festival Bruno Genini, « on en parlait avec Hubert depuis 2018. On l’avait prévue pour 2019, avant de la décaler d’un an pour accompagner la sortie du tome 4 des Ogres-Dieux ». Et de rappeler qu’« Hubert faisait partie des auteurs récurrents du bd BOUM : il a reçu à Blois le prix Jacques Lob du meilleur scénariste en 2015, il a animé chez nous un stage de scénario, et il a aussi coordonné le collectif Les Gens normaux [bd BOUM-Casterman] en 2013 ». L’exposition devait montrer une soixantaine de planches de Bertrand Gatignol issues des quatre albums de la saga, et une vingtaine de dessins originaux et inédits sur le thème des Ogres-Dieux, réalisés par autant d’auteurs amateurs de la série parmi lesquels Ruppert et Mulot, G. Bianco, Arthur de Pins, Lewis Trondheim, Timothé Le Boucher ou Patricia Lyfoung... L'entrée, comme tout le Festival, était libre et gratuite !


Article publié dans le Mag n°78 - Novembre - Décembre 2020

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