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Entrez dans la danse, avec Claire Fauvel et Thomas Gilbert !

Lumière noire, roman graphique entièrement écrit et dessiné à quatre mains, est sorti le 27 octobre 2021. Claire Fauvel et Thomas Gilbert nous plongent dans le quotidien d'une chorégraphe et de son danseur, au coeur d'un Paris bouleversé. Zoo a rencontré le duo d'auteurs, scénaristes et dessinateurs, véritables chorégraphes de BD.


Lumière noire mêle 6ème et 9ème arts, danse et bande dessinée. Pour en apprendre davantage sur ce beau mélange, lisez notre chronique !

Comment est-ce que vous avez eu envie de travailler ensemble sur un album commun ?

Thomas Gilbert : J'ai déjà toujours eu envie de casser le code du dessinateur solo sur le dessin et le scénario.

Claire Fauvel : Je pense que ça fait longtemps qu'on a eu cette idée, on se connait depuis plusieurs années. On se connaît depuis longtemps, nous avons des univers proches, surtout dans les thèmes que l’on aime. Et pas seulement dans le dessin, même si ça peut sembler évident.

TG : Je crois que ça valait le coup de tester quelque chose, autre chose. On a quand même quelques albums tous les deux derrière nous, alors on avait envie d’essayer autre chose encore.

Et il y a l’exemple d’autres auteurs qui l'ont déjà fait eux aussi et c'est assez riche. De voir les Japonais, des Rupert et Mulot ou les Dupuy et Berberian… Il y a quand même une histoire des autrices-auteurs à deux. C'était une gageure, mais ce n'était pas non plus un truc hors norme.


Thomas, vous avez une plus grande expérience du travail en collaboration. Est-ce que cela a été plus compliqué pour vous, Claire, de vous projeter dans cette nouvelle organisation de travail ?

CF : Je pense que ça a été compliqué pour tous les deux parce que Thomas était aussi habitué à travailler avec des scénaristes où les rôles étaient très définis et où on attendait de lui un travail de dessinateur. Et là, c'est vraiment la première fois que les rôles étaient mêlés, que l’on écrivait à deux.

Je pense que Thomas, quand il est scénariste, écrit en entier seul. Et là, on a tout fait à deux. Et c'était difficile. C'est pour ça que l’on n'était pas du tout sûr de réussir. Ça nous met la pression que les gens attendent ce livre.

Mais voilà, c'était passionnant et c'est un défi qu'on voulait se lancer, je pense aussi.



Lumière noire

Lumière noire
© Rue de Sèvres, éditions 2021


TG : Finalement, l'écriture, ce n'est pas le plus compliqué. On a donné nos idées et après, les structurer, ce n'était pas le plus dur. Le plus compliqué, c'est un peu lâcher sa façon de fonctionner.

En fait, il faut trouver un troisième fonctionnement qui n’est ni le fonctionnement scénariste/dessinateur ni l’implication solitaire. Il a fallu avancer par petits pas.



Concrètement, à quoi est-ce que vous avez renoncé ou qu'est-ce que vous avez adapté, dans vos façons de travailler respectives ?

CF : Ce qui est intéressant, c'est qu'on ne fonctionne pas de la même façon tous les deux. Thomas, je pense, est beaucoup plus à l'aise en improvisation, alors que moi, je pars toujours dans un cadre très défini. Et là, on a fait un entre-deux pour tout.

On a quand même fait un scénario très défini avant de se lancer. C'est obligatoire en étant à deux. Mais parfois voilà, voir Thomas travailler ça m'a permis d’oser me lâcher, de me dire que telle partie, j’allais la définir au dessin, au dernier moment. De même sur la façon dont les personnages évoluent j’ai accepté d’oser changer des choses au fur et à mesure. Ce que moi, je ne fais jamais d'habitude.

TG : Mais c'est vrai que l'idée, c'est que l’on a des marottes à la fois narratives et de dessin, des façons de fonctionner. Et il faut casser ça parce qu'il n'y a pas qu'une seule façon de le faire. C'est vachement dur de se dire qu'il n’y a pas une façon juste. Et c'est vrai que quand tu es dans ton truc tu ne vois qu'une façon de mener ton travail alors qu'en fait même dans ton propre boulot, il y a vachement d'espace, d'écriture, de dessin pour procéder autrement.



Lumière noire

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© Rue de Sèvres, éditions 2021


CF : Pour l'histoire, moi, je passe vraiment par l'écrit. Je démarre toujours avec une histoire, presque comme un roman que j’adapte ensuite en BD. Alors que Thomas, c'est l'inverse. Il fait son storyboard totalement en dessins, sans les dialogues parce qu'il a déjà une idée des textes dans la tête.

Et donc, c'est drôle, on était complètement à l'opposé. Limite, moi, j'aurais eu des pages de texte et lui des pages de dessins sans texte. Et après, les deux se complètent bien, en fait.

TG : Mais même sur l'écriture tu étais vachement plus vigilante déjà en amont, sur l'écriture des bulles, les redondances. Moi j’y vais, je fonce, je marche par boucle alors que toi tu étais plutôt dans l’optique de ne pas perdre du temps, de faire ça bien. Ça prend plus de temps, mais finalement, tu as un bon résultat. Et moi, je fais toujours des allers-retours. Tous mes projets sont pleins d'allers-retours.



C'est donc la rigide et le foutraque ?

CF : Oui, le rapide et la lente, aussi. On n’a pas la même vitesse de travail. Il faut que ce soit réussi du premier coup chez moi, parce que je suis lente. Alors que Thomas, il sait qu'il va avoir le temps de refaire. Et là aussi, on n'était pas pareil et on a réussi à se coordonner et à finir la BD.


Comment est-ce que vous avez fonctionné, de ce fait, pour la mise en dessin ?

CF : On a divisé en quatre. Pour le découpage de la bande dessinée, on a fait chacun un quart en alternant. Ensuite, une fois le storyboard fini et validé par nous deux, on a dessiné vraiment dix pages chacun. Donc parfois on tombait sur notre propre storyboard et parfois on dessinait sur le storyboard de l'autre, ce qui a aidé à mélanger aussi un peu les styles.

TG : Et puis mine de rien, il y a eu un travail en amont. Comme c'était en numérique, on a décidé d’utiliser la même brush, par exemple, pour qu’il y ait un ton commun. Même visuellement, sur les persos, on en a vachement travaillé sur les dessins de l’autre. Moi, j'ai fait des traits plus à la Claire. J'ai observé comment elle avait fait ses yeux par exemple. Pour trouver un juste milieu entre les deux. On a un rendu un peu plus plus neutre nos dessins respectifs. Sans aller trop dans nos marottes.



D'ailleurs aviez-vous besoin d’être physiquement proche l'un de l'autre, pendant la réalisation de l’album ?

CF : On travaillait souvent ensemble quand même, dans la même pièce, chez Thomas. Moi, j'ai déménagé à Marseille depuis, mais pendant la bande dessinée, on a travaillé ensemble à Paris.

TG : Mais pas dans toutes les phases. Le découpage, c'est quand même toujours plus solitaire. Même si on discutait ensemble de nos propositions, chacun fonctionnait relativement dans son coin à ce stade-là.


Et du coup, est ce que vous avez osé changer des choses finalement dans les pages, par rapport au story-board initial ? Avez-vous eu cette audace dont parlait Claire un peu plus tôt ?

CF : Peut-être pas tant que ça dans le dessin. Mais dans l'histoire, par rapport au tout premier scénario de base, je trouve qu'on a pas mal évolué. On s'est beaucoup inspiré de ce qu'on a vécu. Des évènements qui se passaient. Dans l’ordre du « public » ça nous a inspiré les manifestations violentes et dans l'ordre de l'intime, ça nous a inspiré aussi, parce qu'on devait quand même raconter une histoire d'amour impossible qui se déroule mal. Et au début, on ne savait pas très bien comment ça allait se passer.

En collaborant ensemble, on a vécu la BD, on a été deux artistes qui travaillent ensemble et on s'est inspiré de ces moments aussi où l’on s’est affronté. Et voilà les crises ont nourri le scénario.



Lumière noire

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© Rue de Sèvres, éditions 2021


TG : On a construit petit à petit les questionnements, les façons de voir. Même si ce n'est pas directement calqué, c'est comme une narration. Mais je pense qu'il y a ces différentes approches de l'avenir, des problématiques contemporaines. C'est aussi la gageure. Il y a deux héros, autant que chacun ait un point de vue.

CF : Ils sont clairement inspirés de nous deux. Je pense que ça se devine un peu quand on lit l'album, mais du coup, plus on travaillait ensemble et plus nos points de vue étaient évidents.


Parlons des personnages et de LA personnage principale Ava. L'un comme l'autre, vous êtes des auteur et autrice féministes, pourtant vous offrez une héroïne relativement négative dans Lumière Noire. Vous vouliez changer votre image ?

CF : C’est vrai, moi, je suis très engagée dans le féminisme. Et je trouve qu'une des choses importantes, c'est d'oser faire des héroïnes, justement, qui ne soient pas que des gentilles, qui soient complexes. Parce qu'il n’y a rien de pire que le féminisme positif, où l’on a maintenant seulement des supers héroïnes badass, fortes, combattantes…

Un monde féministe c’est aussi un monde où l’on ose montrer des femmes bêtes, stupides, méchantes. Même si ce n’est pas le cas de notre héroïne. Je sais qu'elle est très intéressante. Elle est juste dépressive.

TG : Moi, je la trouve carrément pas négative, c'est quelqu'un qui est profondément mal.

CF : Cela ne la rend pas moins intéressante en tant qu’héroïne femme.

TG : C'est quelqu'un de mal, au stade d'une réelle maladie. Elle est maladivement sombre.


Il y a ce rapport de domination tout de même. Pour une fois, c'est une femme qui a le pouvoir et un homme qui avance avec une forme de candeur.

CF : Ça c’était voulu. C’est peut-être un peu féministe classique, mais on voulait inverser le rapport Pygmalion. C'est elle qui est déjà installée dans le milieu et c'est lui, le jeune débutant.



Lumière noire

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© Rue de Sèvres, éditions 2021




TG : Je pense que c'est aussi propre aux chorégraphes dans ce milieu de la danse. On a un peu discuté avec un danseur et ce sont quand même des rapports ultra violents, les rapports chorégraphes/danseurs. Ce sont des rapports de domination. Et je pense que dans certains milieux, ce n'est même plus genré. C'est aussi montrer ça, un rapport de classe. Le rapport d'une classe un peu supérieure, qui peut broyer, peu importe qui est en dessous.

CF : Dans la réalité, ce sont souvent des chorégraphes masculins, qui oppriment des danseurs féminins et masculins. Mais c'est vrai que souvent, le chorégraphe est tout puissant. C'est le Dieu auquel le danseur offre son corps.

TG : je ne pense pas que Beyoncé soit hyper sympa avec les petites mains qui travaillent chez elles ou avec ses danseurs. Je pense que quand tu es d'un niveau un peu au-dessus, il y a toujours un rapport de force.


Restons sur la question de la danse. Il y a plusieurs bandes dessinées qui ont été faites sur le sujet : Polina pour Bastien Vivès. Je pense à Tanz ! pour Maurane Mazars. Quel est votre rapport à la danse ? Qu’aviez-vous envie de mettre en bande dessinée ?

CF : Je pense qu'il y a deux envies principales. D'un côté, le plaisir de dessiner la danse qui est évident. En tant que dessinateur, dessiner le corps, l'anatomie, le corps en mouvement, c'est quelque chose de très commun chez plein de dessinateurs. Il y a aussi, même si ça peut sembler bête, le fait qu'avec Thomas, on adore danser. On a une expression par la danse. Pas du tout avec le niveau de nos héros, mais c'est un art qu'on aime, qui nous touche. On n'est pas du tout des danseurs, ni classique, ni contemporain, ni rien. Mais on est des gens qui aiment danser et je suis sûr que ça a joué dans cet album.

TG : C'est un art qui est bon à mettre en scène. On ne peut difficilement trouver d'autres médiums qui permettent ça. Par exemple, on n'allait pas mettre en scène des auteurs de BD, ça aurait été super chiant. Et on avait besoin du beau aussi. Ça parle aussi un peu du beau, donc c'est intéressant de mettre la danse en avant.


Et le travail de vos prédécesseurs est-ce que ça vous avait marqué ?

TG : Maurane a sorti son livre alors qu’on était déjà sur le nôtre. Du coup, je ne l'ai pas lu. Mais j'ai vu des pages et on avait clairement compris certaines mêmes images. C’était marrant. Mais du coup, je n'ai toujours pas lu.

CF : Quand on l'a vu à sa sortie, on a vraiment été surpris, tant il y avait des trucs qui nous ont parlé, des points communs.

TG : Notamment sur la déconstruction du mouvement. C'était ça aussi l'idée. Il y a presque un travail de rythmique, de décomposition, qui est un truc dans l'image que tu as envie de mettre en scène. De voir comment, petit à petit, le corps bouge dans l'espace. Et la BD permet ça.

Lumière noire

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© Rue de Sèvres, éditions 2021


Pour moi la BD, ce n’est pas du tout cinématographique, c'est vraiment un espace fermé de la case ou de la page et on évolue dans un espace clos. Je trouve que ce soit le théâtre ou la danse sont très proches, plus proche de la BD que le cinéma. Nous on a quand même zéro mouvement, alors que tout le monde met un lien hyper fort au cinéma qui lui a droit aux travellings. La BD, je la trouve plus carrée, comme un espace de danse, une scène.



Est-ce que cela veut dire Thomas, que vous retenez plus la case que la planche dans votre grammaire BD ?

TG : Complètement. Une scène fixe au sein de laquelle on bouge. Ce n'est pas une caméra qui bouge, mais des bonhommes qui bougent dans un espace fixe pour moi.


Quand on parle danse, on entend musique. Comment avez-vous géré la musicalité et le rythme dans vos scènes de danse ?

CF : Je sais que les scènes que j'ai dessinées, je les ai faites en écoutant de la musique. C'est très basique, mais ça ne m'inspirait pas du tout en termes de rythme, puisque c'était de toute façon des poses figées. C'était plus en termes d'émotions. Ce que je voulais dégager comme émotion dans la danse et je mettais des musiques adaptées à cette émotion du moment.

TG : J'avais des visions très claires de comment je voulais le faire, donc ça ne rentrait pas trop en compte. Mon envie est entre autres partie de là. D'avoir envie de dessiner ces corps qui dansent. Pour moi, c'est du corps en mouvement et la musique, du coup, n'avait que peu d'importance. Elle est là parce que le dessin et la musique sont liés dans la pratique du dessin, mais elle n'est pas forcément sur ce projet en particulier.


Les premiers entrainements des personnages se font sans musique, pour donner un côté un peu plus dur. Ça doit être plus compliqué quand le danseur n'a pas accès à la musique et qu’il doit pourtant bouger en silence. L’idée était intéressante.

CF : Pour la danse, on a regardé pas mal de films, de documentaires pour s'inspirer. On n'a pas pu voir de spectacle à cause du confinement. On était très, très déçu parce qu'on avait prévu plein de choses. Et au final, quand on a démarré la BD, on s’est vraiment détaché de tout ça et on a dessiné des mouvements de danse qui nous ressemblaient plus l'un à l'autre qu’à ce qu'on avait pu voir de la danse habituelle. On s'est plus dessinés nous-mêmes. On a oublié tout ce qu'on avait vu. Je sais, c'est bizarre. Je pense que des danseurs pros vont dire que c'est n'importe quoi. Mais on a plus exprimé notre violence ou notre douceur dans les mouvements que de vrais mouvements de danse qui existeraient.


Peut-on dire que vous avez improvisé une danse ?

TG : Oui, oui, c'est de l'impro graphique, vraiment. Et se dire « qu'est ce qui va être beau ? » « Quel moment va être beau ? » Pas juste faire un truc fidèle, mais quelque chose de beau sur les mouvements.



Lumière noire

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© Rue de Sèvres, éditions 2021


Y-a-t-il des scènes de danse, d'ailleurs, que vous auriez dessinées et que vous auriez rejetées ?

CF : Oui, oui, bien sûr. Parce qu’elles étaient ratées. D'ailleurs, ce n’est même pas parfait, les pages dans l’album. Le résultat final, on reste très critique dessus. Moi, je sais que j'ai tendance à être très scolaire. Et si à la fin, je vois la séquence et je me dis « mais j'ai oublié le principal », alors je jette. L'émotion, c'est ça qui compte. La puissance, les jeux des regards, qu'on sente la peur, la violence ou le désir. Et si ça on ne le sent pas, si on voit juste une belle danse, c'est raté.

TG : Et puis, il ne fallait pas trop en mettre. Il fallait que ça reste quand même quelque chose de rare et d'important dans le récit. S’ils dansaient trop, cela aurait pu être longuet. Ça reste quand même des séquences de mouvements, pour le lecteur.



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CF : Il y a peu de pages de danse, au final.


Pour finir, parlons du fond, de ce que vous avez donné à voir. On a parlé du côté féministe, mais il y a tout le reste : un pouvoir politique agressif, de l'éco-anxiété, des questions humanistes. Avez-vous voulu écrire une bande dessinée qui capture l’air de notre époque ?

CF : Là, Thomas et moi étions parfaitement en accord. En ce moment, on affronte plein de crises et elles sont toutes connectées. J’ai l’impression que le seul moyen pour faire évoluer la société, c'est la convergence des luttes et c'est le combat sur tous les fronts : sur le front du sexisme, du racisme, des inégalités sociales, de la lutte contre le capitalisme, de la lutte pour l'écologie.

On aurait eu du mal à ne parler que d'une seule lutte. Je ne sais pas ce que tu en penses toi Thomas ?

TG : C'est comme si tu tout débordait. Tu ouvres les infos, il y des mecs qui sont 300 et passent la Manche parce qu'on ne les veut pas de l'autre côté. Après tu prends la COP 26, où l’on voit que personne n’en a rien à branler. Et tu as tout ça en même temps. Mais stop !

CF : On a quand même plus axé l'album sur les questions des migrants et de l'écologie. Parce que déjà, en vivant à Paris, c'était une des questions que l’on voyait le plus au quotidien. On a des amis qui travaillent dans les associations pour les migrants... On y est vraiment très confrontés à Paris.

TG : On l'a bien mis dans l’album, ça devient un décor. Mais d’où, c’est un décor des gens qui sont en attente ? Il y a plein de trucs anormaux et il y a un trop plein. Elle dit ça aussi cette BD.

CF : Après, là, on imagine un monde qui n'existe pas, qui est à la fois dur mais qui est une utopie parce qu'on imagine une espèce de manifestation générale où tout le monde lutterait côte à côte. En vérité, je ne sais même pas si ce serait possible. C'est une utopie. Ce sont toutes les luttes qui se rejoignent et qui veulent renverser ensemble le pouvoir établi. Dans la vraie vie, il y a des gens qui peuvent être pour l'écologie, mais plutôt avoir des idées de droite contre les migrants. Ce n’est pas aussi simple. Il y a peu de gens je pense qui seraient OK pour agréger toutes les luttes ensemble. Pourtant c'est un peu ce qu'on espère que tout va se réunir.


Si l’on veut que les gens puissent penser cette utopie, il faut peut-être que l’art le donne à voir non ?

TG : Il y avait aussi ça aussi oui, dessiner des manifs, par exemple. On avait vraiment envie de dessiner des manifs qu'on a vécu.

CF : Même si ce n’est pas possible, cet idéal, si on commence à oser le raconter déjà en dessin, ça peut motiver les gens.

TG : Dire c’est important. Montrer aussi. Il n’y a pas que C News. Il faut montrer qu’il y a plein de points de vue possibles en dehors de ce point de vue pseudo objectif de médias de masse douteux.



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© Rue de Sèvres, éditions 2021


CF : On a fait une BD très négative dans l'ensemble et ça c'était compliqué parce qu'on a envie de donner de l'espoir quand même. Et en même temps, plus on écrivait, plus ça nous semblait faux d'imaginer un Happy End. Je pense que tous les deux, on est assez pessimiste aussi et malheureusement, ça fait partie des raisons pour lesquelles on voulait travailler ensemble, je pense. On vie comme si on avait de l'espoir, on vie en optimiste. Mais dans notre tête, au fond, on est tous les deux des pessimistes. C’est vendeur, n’est-ce pas ?

TG : Mes lecteurs sont habitués, ils savent ce qu’ils viennent lire. Ah ah ah…

oman graphique a été réalisé à quatre mains dans son intégralité. Un défi réussi, qui nous plonge dans une société contemporaine et violente, où la danse et l'amour auront une place importante.

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