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Émile Bravo : des engagements à l'espoir, un voyage dans l'ingéniosité artistique

Lors d'une discussion captivante pendant le festival du Cabaret Vert, Émile Bravo, l'auteur talentueux d'œuvres marquantes comme Le Journal d'un Ingénu et la quadrilogie L'espoir malgré tout, partage son point de vue sur l'engagement artistique, la philosophie de ses personnages. À travers ses réflexions, il dévoile son désir de sensibiliser la jeunesse à la nécessité du changement tout en explorant le monde complexe de Spirou. En bonus, Émile Bravo offre un aperçu de ses futurs projets, dont le retour des adorables ours nains.

Emile Bravo : Le journal d’un auteur pas si ingénu que ça

Quand on lui parle de son engagement, Emile Bravo est prolixe. « Écoute, mon engagement depuis toujours, c’est considérer l'espèce humaine mais avec beaucoup de recul et de dire aux plus jeunes qu’effectivement, nous ne vivons pas dans un monde merveilleux et que le problème, c'est qu’il faudrait que ça change. Ça, on le sait depuis très longtemps, mais aujourd'hui, ça devient urgent et depuis que je me suis engagé sur cette voie, j'ai créé le personnage de Jules, c'est bien pour ça, pour dire aux plus jeunes : n'écoutez pas les adultes, ils font n'importe quoi, il faut que vous preniez les choses en main aujourd'hui ! Mais bon, ça fait 20 ans que je dis ça et je sens qu'aujourd'hui il se sentent vachement plus impliqués. C'est pour ça que ce serait difficile de refaire un Jules parce que les enfants savent très bien et ça ne les fait plus rire du tout. »

La philosophie de l’extra-terrestre

« Mon engagement est assez clair. Je pense que c'est vraiment un problème global. Et quand je dis global, ce n'est pas simplement au niveau planétaire, c'est au niveau de l'esprit humain. C'est de se remettre en question, déconstruire comme ça commence à être fait depuis quelques années mais pas simplement au niveau du comportement sexuel, du genre, mais vraiment au niveau de ce qu'est un humain, sa condition et sa place sur cette planète. Encore une fois, cette planète ne nous appartient pas. C'est nous qui appartenons à cette planète. » C'est ce que dit un extraterrestre, dans un Jules ! »

Pour Jules, c’est ok. Mais pour Spirou ? Bravo poursuit : « Dans Spirou, il y un engagement humaniste, mais là, l’idée est plus de comprendre ce qu'est l'humain. Je suis un garçon optimiste. En même temps je suis réaliste, donc ça me fait un peu peur. Mais je reste optimiste et je me dis que l'idée c'est quand même avant tout de prendre conscience de soi. C’est ce que j'essaie d'évoquer au travers du personnage de Spirou qui a évolué et qui progresse dans ce niveau de conscience. C'est un enfant groom, il est au niveau zéro de l'échelle sociale, quelqu'un à qui on demande de porter des valises et de tenir des portes. Comment ce personnage devient-il un aventurier ? C'est un super exemple pour la jeunesse ! J'ai compris qu’on est déconsidéré au départ et qu’on devient quelqu'un, on s'épanouit. C'est beau ! »

Emile Bravo a fait son premier Spirou, Le journal d’un ingénu, en 2008. Il s'est passé une dizaine d’années avant le début de la quadrilogie L’espoir malgré tout. Son regard a-t-il changé par rapport à ce qu’il avait envie de dire sur le personnage ? L’auteur répond par la négative. « L'espoir, il est aussi dans cette jeunesse que Spirou incarne. L'idée est d'en faire le Spirou adulte. Au départ, Franquin l’a repris adolescent, l’a fait vieillir de quelques années puis l’a figé à un bel âge pour conquérir le monde. Conquérir au bon sens du terme : psychologiquement, humainement. Et moi, je n’ai pas vieilli, je suis toujours le même âge depuis l’âge de 20 ans ! »

Le Journal d'un ingénu

Le Journal d'un ingénu © Emile Bravo - Dupuis

Travailler avec the sound of silence

Puisque nous sommes au Cabaret Vert, parlons musique. Emile Bravo en écoute en travaillant, mais pas toujours. « Pas quand j'écris, j’ai besoin de concentration totale. Pas de bruit, rien ! Ou alors en bruit de fond, mais il ne faut pas que je comprenne les paroles, qu’il y ait des interférences. Mais quand je dessine, oui. J'écoute souvent ce que j'écoutais quand j'étais plus jeune, sinon je mets des radios. Je peux aussi bien écouter de la musique classique ou même du jazz. Pas de l’easy listening. Pas du punk-rock non plus. J’écoute des musiques calmes. C'est important la musique mais je me sens largué par rapport à la scène musicale depuis une dizaine d'années. »

Quand on lui demande à quels concerts il est allé récemment, Bravo a du mal à s’en rappeler, cela fait longtemps. « Je suis en train de chercher. Tu sais, le groupe que tu adorais quand tu étais jeune et quand tu vas le voir, ils ont pris 30 40 ans et c’est hyper-dur ! Donc c’est pour ça que je n’y vais plus ! » Avant de citer Dominique A.

Concernant les concerts du Cabaret Vert : « Bien sûr, après les dédicaces, je suis plongé direct dans le bain, avec la scène Zanzibar ! J’ai un super souvenir en fait du premier que j'ai vu. Ce groupe australien qui s'appelle Amyl and the Sniffers. Après, on a l'impression d'être dans un parc d'attraction : il y a plein de manèges et on ne sait pas où aller ! Car ils jouent en même temps à différents endroits. Et car je suis en dehors de ça depuis un moment. »

Le retour des ours nains

Pour l’après Spirou, Emile Bravo a un projet dans un univers qu’il a déjà côtoyé. « C'est une série pour les enfants qui s'appellent Les sept ours nains. J'en ai écrit un autre, ce sera toujours au Seuil Jeunesse. J'ai soumis le projet le mois dernier et tout de suite, ils ont été ravis. Quand j’écris mes histoires, elles sont déjà dessinées mais il faut maintenant mettre au propre, faire la mise en couleur. Il y a deux mois de travail… Je ne sais pas quand ça va paraître, je ne suis pas dans la programmation !

Et cette série tient toujours la route : pour les 30 ans des éditions du Seuil l'an dernier, ils avaient réédité les quatre albums ensemble et ça se vend très bien. Ça se transmet : ce sont les enfants qui ont grandi qui le transmettent à leurs propres enfants. C'est génial ! Quelque part, ce n’est pas étonnant dans le sens où c'est du recyclage de conte. C’est reprendre les contes et parler du monde d’aujourd’hui. Donc, si ça peut aider, si je peux rendre service, tant mieux ! »

Boucle d'or et les sept ours nains

Boucle d'or et les sept ours nains © Emile Bravo - Seuil Jeunesse

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