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Stéphane Fert et son envoûtante Morgane

Auteur(s) :
Stéphane Fert

Date : 04/06/2016

Lieu : Festival de la BD d'Amiens

En plus d’une centaine de pages, Morgane réussit à charmer avec une réécriture audacieuse et moderne des légendes arthuriennes. Son dessinateur et co-scénariste, Stéphane Fert, nous révèle les mystères de ce récit enchanteur qui transforme notre vision d’une des sagas les plus connues, celle de la Table ronde...

Les mythes arthuriens

Page 35 de Morgane

Morgane est votre première bande dessinée, quel est votre parcours ?

Stéphane Fert : J’ai d’abord fait une prépa Arts à Bayonne, avant de faire un rapide passage aux Beaux-Arts d’Angoulême, pour terminer dans l’animation à l’institut Sainte-Geneviève. L’animation, c’était chouette, mais il y est difficile de monter des projets personnels. J’ai toujours aimé l'illustration et la bande dessinée et c'est donc tout naturellement que j'ai fini par renouer avec cela. Il m’arrive quand même de faire appel à ma formation de cinéma d’animation pour nourrir mon dessin. Dans Morgane, j’ai placé beaucoup de clins d'oeil aux films Disney, notamment au travail d’artistes comme Mary Blair [coloriste d’Alice au Pays des Merveilles N.D.L.R.], et Eyvind Earl [artiste à l’origine des décors de La Belle au Bois dormant N.D.L.R.] que j’admire énormément !

Comment est née votre collaboration avec Simon Kansara, le scénariste ?

Au départ, Morgane était un projet solo. J'avais l'univers, les intentions, le personnage, mais je n'étais pas scénariste. J’ai donc fait appel à Simon, un ami de lycée qui avait une bonne expérience de scénariste avec sa série MediaEntity, pour m'aider à mettre de l'ordre dans mes idées. Grâce à cette écriture à quatre mains, nous avons pu faire en sorte que Morgane ne soit pas juste un joli livre d'images, comme c'est parfois le cas dans des premières BD, mais une vraie histoire où le dessin est au service de la narration.

Extrait de Morgane, page 132

Dans les nombreuses adaptations des histoires de la Table ronde, on attribue souvent à Morgane le mauvais rôle. Comment a-t-elle eu la première place dans votre récit ?

En vérité, nous avons une vision négative de Morgane à cause des adaptations contemporaines du cycle arthurien. Mais dans les textes du Moyen Âge, sa cruauté est beaucoup plus nuancée car elle est une méchante nécessaire au récit, défiant la bravoure des chevaliers. Dans notre récit, nous avons choisi de pousser cela encore plus loin. Sa noirceur sert une juste cause qui tend à renverser un pouvoir tyrannique représenté par Arthur et Merlin.

Extrait de Morgane, page 31

Je ne prétends pas rétablir une quelconque vérité, car les légendes de la Table ronde regorgent d’une multitude de versions, qui font la richesse du récit. Cependant lors de nos recherches, on s’est aperçu que pas mal de faits des mythes arthuriens ont été occultés, comme la face sombre des chevaliers de la Table ronde ou bien la puissance des femmes...

Au début, Simon et moi pensions traiter Guenièvre comme un personnage secondaire, alors qu’en réalité c'est la grande courtisane qui pousse les chevaliers à l'aventure grâce à ses charmes ! Pareil pour Merlin, les adaptations contemporaines s’évertuent à le représenter comme un vieillard, et oublient que c’est démon, censé être jeune et plutôt beau gosse ! Simon et moi tenions à corriger ces erreurs, ou plutôt ces simplifications, ancrées dans notre imaginaire collectif des mythes.

Morgane aborde des thèmes assez épineux. Comment vous êtes-vous débrouillés pour qu’ils ne pèsent pas sur l’ambiance de la BD ?

J’avais peur de déprimer le lecteur alors je me suis permis des petites touches d’humour à la Astier... Caricaturer la Cour d’Arthur a eu aussi pour effet de faire ressurgir l’injustice et le despotisme qui y régnaient. Il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'une histoire sombre, peut-être trop sombre pour un lectorat habitué à un traitement manichéen de la Table ronde. Une lectrice a très justement répondu à cela sur internet en disant ceci : « Oui mais le patriarcat c’est pas drôle. » Je n'aurais pas mieux dit. Cependant tout ne finit pas mal dans ce récit et je sais que beaucoup de lecteurs ont beaucoup apprécié l'humour décalé de certains passages.
Extrait de Morgane, page 84

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