Après cinq volumes du Château des étoiles dans une Europe uchronique du XIXesiècle où les voyages spatiaux sont devenus possibles, Alex Alice a proposé à Alain Ayroles de lancer un nouvel équipage : direction Vénus et ses chimères avec Étienne Jung au dessin !
Paris, 1873. L’actrice Hélène Martin, flamboyante blonde vénitienne, est la vedette d’un opéra-bouffe d’inspiration mythologique qui fait fureur. Quand il la voit, le Duc de Chouvigny est sous le charme : cette créature est trop belle, il la lui faut ! Cet affairiste plus ou moins véreux est impliqué dans la conception d’une ville de loisirs sur la planète Vénus qu’il a baptisée Nouvelle-Cythère.
Dans ce monde chronique et rétrofuturiste, les voyages spatiaux sont possibles grâce à une sorte de carburant des étoiles, l'éther. Et le ciel, comme autrefois les Amériques, a été divisé entre les grandes puissances européennes : si Mars échoit aux Prussiens, Vénus est partagée entre les Français et les Britanniques. Un joli coup du chancelier Bismark qui s'arroge une planète entière et prospère sur les rivalités de ses deux concurrents, trop occupés à s'entre-déchirer sur Vénus pour s'inquiéter de la planète rouge...
Mais laissons la politique interplanétaire et revenons à Paris. La belle Hélène, qui sait tout des intérêts vénusiens du Duc, prétexte une passion du voyage pour embarquer pour la Nouvelle-Cythère à ses frais.
En réalité, notre héroïne cherche à rejoindre l'homme qu'elle aime, un poète initialement condamné au bagne à Cayenne, ce qui n'est déjà pas rien, et déplacé sur Vénus pour participer aux travaux d'aménagement des colonies françaises sur une planète aussi fascinante que dangereuse...

Extrait du premier volume des Chimères de Vénus, par Alain Ayroles et Étienne Jung
© Rue de Sèvres, 2021
De la Lune à Vénus
Alain Ayroles, qui avait déjà décroché la lune dans la série De cape et de crocs avec Jean-Luc Masbou au dessin, reprend l'exploration spatiale. Cette fois, destination Vénus, pour le premier spin-off du Château des étoiles, la série créée en 2014 par Alex Alice et qui compte à ce jour cinq volumes.
Il faut rappeler qu'Alain Ayroles figure, dès l'origine de ce projet, dans les remerciements de la série : « J'ai un peu servi de consultant. Alex me montrait ses scénarios, ses story-boards, on a beaucoup échangé sur son univers. J'ai été émerveillé en voyant ses planches. Quand il m'a proposé de faire un spin-off sur une des planètes au choix du système solaire, j'ai tout de suite choisi Vénus ».
Jurassic Planet
Détail amusant, les protagonistes du Château des étoiles ont aussi commencé par visiter la Lune. Mais si la Lune de De cape et de crocs est celle des poètes et rêveurs du xvii° siècle, celle du Château des étoiles est volontairement conforme aux théories des scientifiques du XIXème. « Pour explorer la Lune, dans Le Château des étoiles, Alex Alice a notamment puisé son inspiration dans un ouvrage de vulgarisation scientifique de l'astronome Camille Flammarion, où les différents corps célestes sont décrits avec une vision de l'époque : d'où une Lune assez glacée, et la planète Vénus considérée comme une planète humide et chaude, potentiellement peuplée de dinosaures », précise Alain Ayroles. L'idée était de retrouver le souffle des récits de Jules Verne qui utilisait les connaissances scientifiques de son époque pour donner de la crédibilité à ses intrigues.
La beauté des chimères
Visuellement, l'album est bluffant. Il fallait un dessinateur à la hauteur du talent d'Alex Alice, sans nécessairement en être un clone, pour porter ce récit. « Le dessin d'Etienne Jung, estime son scénariste, est différent de celui d'Alex Alice, tout en ayant des propriétés semblables : une capacité à créer du merveilleux et à emmener le lecteur en voyage dans la case ». De son côté, Étienne Jung précise que « chez Alex Alice, on sent l'influence de Miyazaki alors que je suis plus influencé par les vieux longs métrages de Walt Disney ».

Extrait du premier volume des Chimères de Vénus, par Alain Ayroles et Étienne Jung
© Rue de Sèvres, 2021
Une Vénus sur Vénus
Plusieurs facteurs contribuent à l'indéniable charme de cet album. Tout d'abord un style joliment rétro, malgré sa colorisation réalisée avec des outils numériques :
« Je dessine au crayon de papier, puis je scanne les planches et je travaille les couleurs sur Photoshop. Alex aurait voulu que je travaille à la gouache, mais je suis plus à Taise sur écran, qui me permet de zoomer dans les images pour ajouter des détails ».
Ensuite, la mise en pages particulièrement ouvragée, presque baroque, propose parfois des chemins de lecture inédits. « Habituellement, quand je fais le story-board d'un album, je propose un découpage relativement sage, et le dessinateur y met sa fantaisie. Mais Le Château des étoiles fourmille d'images à bords perdus, avec des inserts de petites cases rondes ou biseautées ; Alex Alice fait tout ça avec beaucoup de créativité, et cela donne une vraie identité à la série. Il me paraissait évident qu'il fallait garder cette caractéristique. Des auteurs comme Druillet ou Moebius ont beaucoup travaillé dans cette direction dans les années 70. C'est devenu plus rare : c'est donc d'autant plus amusant d'y revenir maintenant », explique Alain Ayroles.
Et bien sûr, des personnages attachants, comme l'héroïne : « Hélène, c'est la beauté faite femme. Il fallait qu'elle soit belle selon les canons de beauté du XIX° siècle et qu'elle soit encore crédible au regard des critères d'aujourd'hui », complète Etienne Jung.
Précision qui a son importance : il serait dommage de se priver de la série d'origine, mais Les Chimères de Vénus peuvent être lues tout à fait indépendamment du Château des étoiles.
Article publié dans ZOO Le Mag N°80 Mars-Avril 2021
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