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François Boucq: «Moebius m'a poussé à faire du Western»

Auteur(s) :
François Boucq

Si François Boucq est un habitué des récits humoristiques, il délaisse volontiers l'humour pour se consacrer à des récits plus réalistes. Ce dessinateur, aventurier, nous emmène avec lui à la découverte des grands espaces américains qu’il dessine. ZOO est allé à la rencontre de l'un des dessinateurs incontournables de la bande dessinée.

Comment avez- vous débuté dans le monde de la bande dessinée?

François Boucq: J'ai commencé ma carrière pour le journal Mormoil en 1975. Mais j'ai collaboré essentiellement pour Pilote et Fluide Glacial. Enfin, j'ai travaillé de manière très soutenue pour le magazine À Suivre. Au début, je faisais beaucoup d'histoires courtes. Ensuite, surtout chez À Suivre, je me suis mis à faire du réalisme avec La Femme du Magicien. C'est l'album qui m'a permis de me lancer dans le réalisme, c'était l'opportunité que j'attendais.

Qui vous a influencé quand vous étiez jeune, et encore aujourd'hui?

F.B: Il y en a énormément. Bien évidemment, l'incontournable Franquin, Giger, mais aussi Mézières. Puis je peux citer beaucoup d'autres dessinateurs que l'on pourrait dire plus classiques. Des dessins comme ceux de Ingres, Rembrandt. Un peu moins classique, j'adore Ronald Searl. En fait, je n'ai pas arrêté de me faire laisser influencer, je suis quelqu'un de très influençable! Donc j'ai tendance à me laisser aller quand je vois un beau dessin.

François Boucq a commencé sa carrière dans la caricature politique

François Boucq a commencé sa carrière dans la caricature politique
© François Boucq

Vous êtes le premier artiste à faire entrer le 9ème art dans un musée national en France, au Musée des beaux-arts de Lille, qu'est ce que ça représente pour vous?

F.B: Je l'ai découvert, disons par incidence. Je ne me suis pas rendu compte qu'en faisant une donation, ça allait avoir autant d'importance. Au départ, je voulais me débarrasser de certains dessins, parce que j'en ai trop chez moi. J'avais donc demandé au musée s'il voulait bien entreposer mes dessins. Ils ont dit qu'ils ne pouvaient pas entreposer des dessins comme ça, mais par contre si je faisais une donation, alors là, ce serait possible. Ce sont eux qui m’ont appris cette anecdote que je serai le premier. C’est vraiment passionnant, il y a plein d’artistes qui aimeraient pouvoir faire une donation.

Et si on parlait western, que pensez vous de genre en BD?

F.B: Pour moi, le western en bande dessinée, c'était essentiellement Giraud et Giger. Ce sont les deux qui ont fait les westerns les plus exemplaires. Surtout Giraud, qui avait su développer le western d'une manière tellement incroyable avec les graphismes qu'il utilisait. Le western et le dessin exceptionnel étaient associés dans le personnage de Blueberry. À cette époque-là, il me semblait totalement impossible de faire du western, parce qu'il fallait s'attaquer À la fois à l'univers du Western, mais aussi à la concurrence, qui était déloyale avec Giraud. J'avais toujours mis le western de côté, parce que c'est pour moi, Giraud était le «Propriétaire du territoire du western». Mais c'est lui qui m'a poussé à en faire. L'envie de faire un western était venue d'une discussion avec Moebius. Il m'avait proposé de faire un Blueberry vieillissant avec lui. Il avait fait un scénario. Il aurait voulu que je dessine. Quand il m'avait dit que c'était un Blueberry, je lui ai dit non, parce que je trouvais que cette série n'a de Raison que par lui. Mais quand il m'a dit que c'était un Blueberry d'une soixantaine d'années, là je me dis: «Je peux peut-être te faire quelque chose de différent». Donc on avait commencé à travailler dessus, il y avait des difficultés avec les ayants droit de Charlier. Le projet démarrait, puis s'interrompait et se retardait... Enfin, c'était un peu pénible. Et à ce moment-là, je me suis dit que c'était comme si le meilleur m'avait autorisé à faire du western. Je n'en aurais pas fait si Giraud ne m'avait pas fait la proposition. Quand Alejandro m'a approché pour faire Bouncer, ça me semblait être moins profanateur.

François Boucq a réalisé la série Bouncer avec Alejandro Jodorowsky

François Boucq a réalisé la série Bouncer avec Alejandro Jodorowsky
© François Boucq

Comment abordez-vous vos histoires de western?

F.B: Je me suis dit qu'il y avait moyen de faire du western différemment. Donc, pour ça, la seule solution était d'aller à la source: dans les territoires d'Arizona, du Colorado et de Californie. Ensuite, je me suis intéressé, bien sûr, à la condition des personnages. Je me suis rendu compte que l'on pouvait éviter le modèle hollywoodien en essayant de partir dans la direction de l'histoire, en traitant le western à partir de documents historiques. Et petit à petit, je me suis dit: «Mais au fond, qu'est-ce qui nous intéresse, nous, européens?». Et je pense que ce qui nous intéresse le plus est le rapport qu'il peut y avoir avec la chevalerie du Moyen-âge.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus à dessiner dans un western?

F.B: J'aime dessiner les grands espaces. L'univers western, c'est l'univers de l'espace. C'est aussi l'univers de la cruauté, à la fois de la Nature et des Hommes. Les gens de cette époque ne sont pas forcément cultivés, mais ont une force brutale en eux. Et le héros, c'est celui qui va imposer une morale dans cet univers violent.

François Boucq délaisse parfois l'humour pour des récits plus réalistes

François Boucq délaisse parfois l'humour pour des récits plus réalistes
© François Boucq

Aimeriez-vous encore dessiner une nouvelle série ou même un one shot western?

F.B: Le western, c'est un cadre, c'est un cadre narratif. C'est-à-dire qu'on n'a pas besoin de le redéfinir. Il existe pour n'importe qui. Donc oui, pourquoi pas.

Quels sont vos projets futurs?

F.B: Je suis en train de collaborer avec le journal Fluide Glacial au sujet d'un nouveau petit personnage qui me plaît bien. C'est un tout petit Pape qui s'appelle Pi 3-14. Il va vivre des aventures de pape et des situations de pape. J'ai un album qui va sortir pour Angoulême prochain. Il s'appelle Un Général, des Généraux. Il est à la fois humoristique et en même temps historique, parce que c'est un album qui traite des événements de mai 58, année où le Général De Gaulle prend le pouvoir avec manipulations politiques. Cette histoire est tellement ubuesque qu'elle ne pouvait être traitée que de manière humoristique.

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Commentaires (2)

Par contre s'il vous plaît, changer l'orthographe du pseudo de Joseph Gillain en Jijé et non Gigé. Sinon je vais plus lire vos interviews. Merci

Posté le 26/08/2021 à 19h03

Bravo pour cette interview du grand Monsieur Boucq !

Posté le 25/08/2021 à 22h49