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Miss Charity, Miss univers

Date : 17/01/2023

Lieu : Thomery

Après un premier tome brillant, Loïc Clément et Anne Montel racontent la suite des aventures de Miss Charity dans un second tome appelé Le petit théâtre de la vie. La sortie de l’album, prévue le 25 janvier, est la parfaite occasion de redécouvrir l’espiègle petite héroïne qui a déjà volé le cœur de tous ses lecteurs ! Rencontre avec le scénariste, la dessinatrice et la romancière.

Miss Charity est l’héroïne du roman éponyme publié en 2008 aux éditions L’école des loisirs par la géniale Marie-Aude Murail. Classique de la littérature jeunesse, Miss Charity est en passe de le devenir en bande dessinée.

Le tome 1 nous présentait une fillette de la bourgeoisie anglaise de la fin du XIXème siècle. Fille unique aux parents absents, Charity se plonge corps et âme dans ses passions pour ne pas mourir d’ennui. Elle peint à l’aquarelle, apprend par cœur Shakespeare et prodigue soins et amour à toute une petite ménagerie (composée entre autres de lapins, de souris mais aussi d’un corbeau et d’un canard). Elle trouve une confidente dans sa gouvernante bien aimée Mlle Blanche. Or, à la fin du tome 1, Charity perd cette amie, renvoyée pour « mauvaise conduite ». Lorsque le tome 2 commence, Charity a 15 ans. Ce n’est plus une enfant. Elle découvre progressivement la frivolité de l’adolescence mais aussi la dureté de la vie…

Qui est Miss Charity ?

Loïc Clément, scénariste : Miss Charity est une petite fille de l’Angleterre du XIXème siècle qui découvre que le monde est vaste et qu’il mérite d’être exploré au-delà des limites qu’on lui impose. C’est une petite fille qui est curieuse de tout, avec une appétence pour l’altérité. Elle est très touchante. Le processus d’identification fonctionne très bien parce que je ne suis pas a priori une petite fille du XIXème et pourtant je me suis tout de suite attaché à elle. C’est un personnage universel.

Fronsacq / anne montel Anne, Loïc Clément : Miss Charity, Miss univers

Miss Charity T.2 - Le petit théâtre de la vie
© Rue de Sèvres, 2023

Marie-Aude Murail, romancière : Au départ, Miss Charity c’était Béatrix Potter (l’autrice et illustratrice de célèbres livres jeunesse, notamment Jeannot Lapin). Parce que j’avais lu sa biographie et que j’avais trouvé son enfance, quasi enfermée mais permettant l’éclosion de son talent, très proche de la mienne. Je voulais parler d’un épanouissement lent, à contre-pied de ce qu’on nous vend actuellement sur la réussite en un claquement de doigt. Je voulais cette maturation longue. Je me retrouve dans ses doutes. En grandissant, je voulais écrire, mais écrire quoi ? Comme Charity, j’ai beaucoup lu. J’ai même essayé d’apprendre le dictionnaire par cœur. Bon, j’en suis restée à la lettre A (Rires). Je ne vais pas dire que Charity c’est moi, mais c’est quand même un petit double.

J’ai aussi cherché parmi d’autres figures précurseuses, d’autres créatrices. Un temps, j’avais pensé aux sœurs Brontë, à la Comtesse de Ségur ou même à George Sand. J’ai d’ailleurs emprunté à la Comtesse de Ségur, pour mon roman, sa façon de donner le nom de la personne qui parle, comme une sorte de didascalie. J’ai essayé de garder un petit quelque chose de toutes ces créatrices dans Miss Charity. On retrouve aussi Rosa Bonheur. Miss Charity c’est également mon amour des lectures victoriennes, de Dickens et d’Oscar Wilde. C’est un « merci » à toute cette culture qui m’a façonnée.

Quels sont les défis de l’adaptation d’un roman biographique en BD ?

Loïc Clément : Le vrai challenge quand on adapte un roman, c’est de trouver ce que l’on peut raconter de plus. Ce qui se cache entre les lignes du roman. Le plus intéressant avec la BD c’est le rapport texte-image. Mon travail de découpage et de mise en scène consiste à trouver comment illustrer ce qui n’est pas dit dans le texte. Il faut que ce soit complémentaire. Parfois on peut faire de la disjonction : on montre à l’image l’inverse de ce qui est dit dans le texte. Ça provoque un décalage humoristique.

Ce rapport texte-image c’est souvent ce qui occupe le plus l’adaptateur. Qu’est-ce qu’on ne voit pas dans le livre et qu’on pourrait ajouter ? Dans le tome 2, il y a des scènes très dramatiques. Rien n’est dit sur l’état moral de Charity dans le roman, alors que dans la BD on se permet des représentations originales de ses émotions.

Fronsacq / anne montel Anne, Loïc Clément : Miss Charity, Miss univers

Miss Charity T.2 - Le petit théâtre de la vie
© Rue de Sèvres, 2023

Comment remplir les « vides » du roman ?

Loïc Clément : Dans le roman, il y a plusieurs scènes d’une pièce de théâtre. Or, le texte de la pièce ne figure pas dans le roman. J’étais embêté parce que je ne trouvais pas de trace de cette pièce. Marie-Aude m’a dit : « mais elle n’existe pas ». Elle m’a fait confiance et j’ai écrit le texte moi-même. Marie-Aude a un discours très bienveillant, elle nous laisse beaucoup de liberté. J’ajoute de l’humour qui n’est pas présent de base. Je crée des dialogues nécessaires pour faire du lien. J’ajoute mais je ne réécris jamais le texte de Marie-Aude !

La plupart des gens pensent qu’une adaptation c’est ce qu’il y a de plus simple. Mais c’est le double du travail ! Je fais de la création la plupart du temps et Miss Charity est mon travail le plus exigeant. On a à cœur d’être digne de l’œuvre originale.

Dans les albums de Miss Charity, votre dessin marque le lecteur par sa finesse. Dessinez-vous au même format que celui des planches imprimées ?

Anne Montel, dessinatrice : Oui, j’aime beaucoup travailler petit. Je dis en rigolant, mais en même temps très sincèrement, que plus on dessine grand plus on voit les erreurs. Donc les erreurs sont petites en dessinant petit (Rires). J’étais une enfant très renfermée, solitaire. J’ai toujours dessiné un peu petit. Arrivée à l’école, je dessinais dans des carnets. Le format du carnet a induit cette échelle.

Puis, quand j’ai découvert les outils professionnels du dessin, j’ai eu cette appétence pour les pointes très fines, pour les Rotring, des stylos souvent utilisés par les architectes. Lorsque j’ai découvert la plume, ç’a été formidable. J’ai un très bon ami dessinateur, Bertrand Gatignol, avec qui on a des discussions entières sur les plumes. On est à la recherche de la plume japonaise la plus fine possible. Le trio gagnant de la finesse c’est : le papier, l’encre, la plume.

Cette échelle me parait naturelle. C’est celle qui me plait le plus : les petites choses sur lesquelles on se penche.

Fronsacq / anne montel Anne, Loïc Clément : Miss Charity, Miss univers

Miss Charity T.2 - Le petit théâtre de la vie
© Rue de Sèvres, 2023

Travaillez-vous à la loupe ?

Anne Montel : Non, quand même pas ! Mais c’est vrai que j’ai perdu quelques dixièmes de vue...

Vous avez un style de dessin assez reconnaissable par l’évanescence de vos cases. Pourquoi ne pas tracer de case ?

Anne Montel : La case dessinée me bloque beaucoup. Pour faire une BD, il faut d’abord tracer la case. Mais je préfère avoir la possibilité d’étendre d’un côté ou de rétrécir l’autre plutôt que d’avoir peur de déborder.

Loïc Clément : Très vite c’est devenu ton identité.

Marie-Aude Murail : Et on peut pleinement apprécier la page. On sent davantage que c’est une page, dans son entiereté.

Lorsque l’on referme le tome 2 de Miss Charity, tous ses personnages nous manquent déjà. Vivement le tome 3…

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